" Le temps ne va pas aujourd'hui. - Le temps ne va jamais. Jamais il ne va. Le temps ne va jamais. La preuve. J'ai déjà mon âge. "
Noëlle Renaude Extrait de Madame Ka (Éd. théâtrales)
L'auteur
À la création du Renard du Nord, en 1993, dans la mise en scène de Robert Cantarella, Florence Giorgetti jouait Mme Kühn. Épouse d'un certain M. Kühn. Plusieurs années
plus tard, Florence me proposait d'inventer de nouveaux mouvements pour cette anonyme héroïne.
Est née ainsi une succession de stations titrées à durée variable où l'on voit cette Mme Kühn réinitialisée Ð de Kühn devenue Ka - mettre en marche ces petites mécaniques
théâtrales que sont tous les beaux fatras d'une existence qui convoite l'impossible. Mme Ka peut tout: humaniser la mécanique et mécaniser la chair; dresser le souvenir comme
un pan archéologique dans lequel on se promène; matérialiser des désirs sitôt invoqués ; tenir bon contre les manigances de ces machines parlantes et répétitives qui
peuplent le monde et que sont les oiseaux, les belles-mères, les répondeurs; vivre sans arguments mais argumenter pour voir. Mme Ka est outillée. Elle travaille la matière.
Et gagne, minute par minute, mot après mot, sa part de liberté nécessaire.
Madame Ka est issue donc, non pas d'une commande, mais d'un désir d'actrice. D'une actrice qui depuis plus de dix ans maintenant travaille, je dirai "à la lettre", cette lettre
que je mets à la question au centre de mes pièces. Entre la rencontre, en 1990, et aujourd'hui, a pris place une histoire toute simple d'amitié confiante et d'intimité artistique
faite de routes foulées côte à côte, de mises à l'épreuve et à distance, de partage - et c'est presque là l'essentiel - d'un vocabulaire qui nous est commun. Je crois qu'on peut
dire - et cela n'a rien de contradictoire - que nous travaillons " séparément ensemble"(*) à inventer des gestes similaires. Madame Ka, prise au mot, s'est inventée ainsi. Dans
nos champs séparés. Et complices.
Noelle Renaude
(*) expression d'Antoine Vitez