Nous avons mené un travail de recherche, intitulé Eros, Kronos, Thanatos autour des trois sorcières de Macbeth à Lisbonne (Festival X) et à Marseille au Théâtre des
Bernardines en 2002.
Depuis je souhaitais travailler sur l’intégralité du texte. Après relecture de la version qu’en donne Heiner Müller j’ai décidé de monter sa réécriture de
Macbeth.
Il s’agit d’une adaptation de Heiner Müller, établie dans les années 70 par l’auteur d’après Shakespeare.
Voici ce que dit Jean-Pierre Morel à propos des changements par rapport à Shakespeare :
"(...) Müller a rendu visibles les opprimés à savoir les paysans, révoltés contre le roi d'Ecosse dès le lever du rideau, puis vaincus, exploités, plus tard déchirés entre les
deux camps et aussi les soldats : ils abandonnent par deux fois le parti de Macbeth et tuent celui-ci à la fin, au lieu que ce soit Macduff. Quant aux sorcières, qui naissent de
l'écrasement initial de la révolte, leur réapparition au dénouement prouve que l'ordre légitime n'est pas restauré : le trône restera fragile tant que n'aura pas cessé la
violence contre les paysans (comparable à la guerre américaine au Vietnam et à la persécution des communistes en Irak)."
Ainsi, Müller propose une traduction/adaptation à partir d’un point de vue politique et historique. Il s’agit là d’une véritable "réactualisation" tout en gardant le contexte
historique de la pièce. Müller invite plutôt à faire une lecture de Macbeth en fonction de l’actualité politique dans laquelle il (Müller) évolue. Cette "relecture" de Macbeth
incite l’auteur à radicaliser ce que fait la force de Shakespeare : la langue, le rythme et la complexité limpide et intelligente d’une fable.
La pièce repose sur une dramaturgie serrée et rapide. La langue est précise, coupée au couteau, sauvage et incroyablement dense.
La pièce est d’autant plus violente que le temps accéléré de l’Histoire nous donne à voir, pour ainsi dire, les blessures par lesquelles elle "abreuve nos sillons".