S’il est vrai que les histoires de famille ont souvent des causes et des effets bien mystérieux, celle que Carlos Liscano imagine dans Ma famille a, apparemment, tout du pire
cauchemar, parfait cas de folie ou de cruauté avancée. Pourtant, pour ce fils qui nous raconte son histoire, tout va pour le mieux. Les enfants savent tous qu’ils vont être, un
jour ou l’autre, amenés au marché pour être vendus. Parce que dans ce monde là on vend des enfants comme on respire. On en vend un quand on a du mal à « joindre les
deux bouts », un autre quand il faut un nouveau réfrigérateur. Parfois on rachète les enfants car il est difficile d’organiser un banquet familial sans eux. Ce serait trop
triste !
Ma famille est une fable étrangère à la morale, amusée et percutante. L’ironie flirte avec la démence, l’humour avec la dénonciation. Dans un chassé croisé incessant de récit et
de jeu, la vivacité de l’écriture de Liscano parvient à mêler avec une extraordinaire modernité l’absurde au réalisme et la naïveté à la rage.