Quelle exaltation de retrouver cette sensation diffuse d’être parfois accompagné dans la vie par un double, ange gardien ou jumeau- confident (peut-être perdu en
naissant ?), celui qu’il faudra quitter pour devenir grand, adulte ; « faire le deuil de l’enfance » dit-on dans les cabinets de psychanalystes sans
toujours bien mesurer ce qu’il en coûte.
Louise voit des ours partout, comme Boucle d’or, Louise entend des voix, comme Jeanne d’Arc, Louise a des visions, comme la petite Bernadette, Louise est peuplée, Louise est
multiple. Louise est enfant.
J’entends des chuchotements autour d’elle, en écho à son cri de « guerre joyeuse », ce « Kakayak » qui explose d’elle comme le signe de ralliement de la tribu des « longues vues ».
Cela signifie une bande-son pointue, complexe, avec des sons venus du « très-profond », issus des terres inuits ou remontés des précipices de l’adolescence, avec des compositions musicales comme seul le cinéma en propose, alternant mélodies et bruitages.
Je vois des traces dans le ciel (« Téléphone, maison ! »), des animaux dans les nuages, des dessins dans les flaques d’eau, des hologrammes sur les papiers peints…
Je veux de la glace sur scène, un paysage de glace qui fond comme ours au soleil.
L’univers de Louise se modifie à chaque courant d’air, à chaque feu qui couve mais Louise est têtue, Louise est rusée, Louise est larmes et boule de tendresse, elle ouvre sa maison aux ours et son coeur à ceux qu’elle veut convaincre qu’il y a une vie dans la vie.
Cela conduit vers des espaces-cadres qui se superposent, des transparences, des plans/arrière-plans, des extérieurs nuits et des intérieurs jours.