Jacques Lassalle a plus d’une centaine de spectacles à son actif. Au service des oeuvres des autres, le metteur en scène avait comme négligé l’écrivain. L’heure des
retrouvailles a enfin sonné ! «Il faut toujours mettre en scène les oeuvres qu’on aimerait écrire et, peut-être quand même, écrire les pièces qu’on aimerait mettre en
scène. Mais ça, c’est déjà beaucoup plus dangereux. J’ai très peu écrit. Et pourtant, il n’y a aucune échéance qui soit pour moi plus importante que l’écriture, il n’y en a
aucune que j’aie à ce point différée, maltraitée. » Et voilà La Madone des poubelles ! La Vénus des bas-fonds, « cousine lointaine de la Lolita
de Vladimir Nabokov » au pouvoir tout aussi envoûtant. La Vierge Marie sur un tas d’immondices : le sacré mystique et mythique confronté à la réalité peu
reluisante d’une culture fascinante mais dangereuse pour celui qui n’en connais pas les codes !
Gratien, un jeune cadre français en vadrouille dans les rues pauvres de Buenos Aires, croise le chemin de la très belle Lola. Subjugué, il la prend en photo. Mais sous la menace
de Rosko, le père roublard de la belle, il doit payer cher les droits de ces clichés. Qu’importe, Gratien s’entête. Il croit en la pureté et en l’innocence de la jeune fille. Il
veut l’arracher à sa famille et à la pègre qui fait la loi dans ce quartier.
Jacques Lassalle s’est entouré d’une distribution d’exception. Il a eu aussi la judicieuse idée de faire appel au scénographe et assistant Marc Lainé. Les deux hommes se
connaissent bien, ils ont déjà travaillé ensemble. Son décor, rideaux de fer contre rideau de perles, sert le contraste de ce bout d’ailleurs soudain si proche.