Venez assister au cabaret kaléidoscopique, à la mise à mort en direct du personnage de Mata Hari et à la reconstruction de sa vie ! Venez assister au grand épluchage qui ne
livre pas son secret !
" Je ne sais rien, j'ai dupé l'Europe un moment, une tâche àla portée de qui croit aveuglément en lui-même et en l'aveuglement des autres " dit Mata Hari, la plus grande
stripteaseuse du siècle, en étant son dernier voile, celui de l'illusion :
Mata Hari, le personnage qu'inventait Margaretha Zelle pour fuir la réalité, la sienne, et celle de son époque, la "Belle" d'abord, et puis la moche, la Grande Guerre, où l'on
voit les soldats partir la fleur au fusil... Et Mata Hari danse "La Fleur Magique".
Si Mata Hari nous a fait croire à la danseuse orientale, la France a pu nous faire croire qu'elle était responsable de la mort de 50 000 de ses soldats.
Mata Hari est un jouet de l'Histoire, la grande ?! Non ?! Elle est une femme séductrice, vénale, manipulatrice ?! Non ?! Elle a l'intelligence fine de
l'espionne, agent double ?! Non ?! Mata Hari est une femme banale, victime d'une sale époque de guerre ?! Non ?! Elle est une courtisane stupide et
manipulée ?! Non ?! Elle est une courtisane raisonnée au service de l'Etat : une Devier-Joncourt de la Belle Epoque (si l'on désire une image plus pauvre et
mélancolique...) ?! Non ?! Mata Hari, est-ce une danseuse révolutionnaire, fusillée un jour d'octobre 1917 ?!
Ce qui est sûr, c'est que Mata Hari fait un pied de nez àl'Histoire en y laissant sa peau et en inventant des histoires. Elle est une mauvaise graine dans le champ des croyances
et des points de vue.
Les mensonges, les falsifications, les fictions qui entourent la vie de Mata Hari, construits par elle et par d'autres, façonnés pour elle ou contre elle, nous disent en fait
une chose dans L'Oeil du Jour : la réalité, on l'invente, et les choses, les événements, on les façonne, le monde, on le construit. Et ce monde,
il n'est pas si naturel qu'on veut bien le croire. Il n'y a pas de fait ni de solution, mais la construction d'un monde.
Mata Hari et l'ange qui l'accompagne tournent autour des vérités, celles que l'on construit tous inlassablement pour habiter l'abîme qui nous fonde. Ne témoigne finalement du
vrai que la présence.
Cécile Marmouget et Priscille Cuche