Cette pièce est la rencontre de trois jeunes femmes dans un monde intemporel et très ordonné. Elles cherchent leurs repères et limites dans ce monde surfait.
La pyramide symbolise l’ascension de ce monde matériel et technologique. Elle occupe la place d’honneur. Elle représente les trois millions d’années. Aussi, elle apaise les
tensions des vies de Hermione, Winifred, Lisbeth et Vincent.
L’espace presque violent est hors d’atteinte de tous, il est sacré et violent par ce qui s’y passe.
Il devient une répétition, un rituel, un champ de batailles, un déferlement de connaissances, de gourmandises, d’extase, de rivalité pour Winifred et Hermione Dès que Lisbeth
s’approche, tout est bouleversé. Elle est prête, prête à vivre sans limite, intensément. Elle ne se laisse toucher par aucun sentiment.
Ce huis clos féminin sera perturbé par l’arrivée du jardinier. Il aborde notre trio pour s’y immiscer. Il cherche à séduire absolument, sans scrupule et avec force.
Hermione arrive avec un sac rempli d’objets qui représente la société de consommation. Elle les érige en impératif au détriment de toute existence. Winifred a des connaissances
et une dépendance affective totale.
Lisbeth a des impulsions souvent irraisonnées. Elle est déconnectée de toute réalité. Elle s’en fiche car elle veut se frayer un chemin dans les excès de la vie.
Le jardinier s’impose avec tout ce qui symbolise le mal. Il les attire et les charme avec insistance, il n’a aucune conscience. Il représente les faiblesses de l’homme : la
mesquinerie. Il est bassement humain et pervers.
Les personnages explosent dans ce monde structuré, ils veulent goûter avant tout aux plaisirs sans trouver aucune orientation dans la vie. Ils sont à la recherche d’une quête de
l’absolu.
Aussi ils tentent de trouver un rapport de force et de séduction car ils recherchent une limite dans l’autre.
[|Ce rituel a-t-il lieu pour trouver ses repères ?
Peut-on accéder à la notion de désir et de plaisir sans structure ?|]
Dès 1984 Armando Llamas a une correspondance avec les directeurs du Théâtre Ouvert, Lucien et Micheline ATTOUN.
Voici deux extraits de cet échange autour « Lisbeth est complètement pétée »
Paris, le 9 décembre 1986
« Chère Micheline,
Je crois que tu as dû tout comprendre sans problème : fin de parcours de Lisbeth, donc Armando plus fou que d’habitude. Maintenant je réfléchis. Est-ce la pièce manifeste des années 90. Est-ce une merde totale ? Les gens qui ont assisté à la lecture dimanche dernier ont penché pour la dernière solution, à ce qu’on m’a dit. (Je n’y étais pas, hautement insupportable pour moi). Je vais la relire calmement d’ici deux ou trois jours pour me faire une idée personnelle (…) ».
Paris, le 17 janvier 1989
« Bonjour Micheline,
Parlons de Lisbeth, le texte se met à circuler, et les « ouais ! » approbateur de la jeunesse s’intensifie je m’aperçois qu’il y en a qui entrave quelque chose et qui en sont contents et il y en a qui ne bige que pouics mais qui en sont contents aussi ça me plait, ça me paraît un bon signe. Qu’est que je pense moi du texte ? Tu m’avais demandé s’il était jouable. Bien sûr. Parce que en fait on ne voit rien et c’est ce qui fait la violence de la pièce tout est dans le texte et la représentation. Encore une fois, se serait plutôt le langage qui est transgressif… Au fait je ne crois pas du tout être un bon écrivain mais plutôt un idéologue ; le théâtre a toujours été le lieu du scandale, de la diatribe, du dialogue avec les Cités, de l’interpellation du corps social. Et c’est de ça qui me semble aujourd’hui vide en France particulièrement Il y a deux ou trois auteurs que j’aime beaucoup, je te laisse deviner lesquels mais l’impression générale et celle d’un gruau mou d’où la moindre audace est exclue. »
Nous voulons à travers cette pièce dénoncer la vision angélique de l’homme et de la vie.
Armando LLAMAS dans ce huit clos, s’appuie sur ces trois jeunes femmes diaboliques pour faire ressortir la critique d’un monde féerique.
Les trois protagonistes n’ont aucune limite. D’une part entre elles et d’autre part dans leur perception de la vie. Elles sont des funambules cherchant la limite entre équilibre
et déséquilibre. Par leur personnalité, elles se complètent et sont le miroir de chacun d’entre nous.
Hermione est raisonnable, se veut raisonnée, saine et ne veut pas se faire de mal. Elle materne ses deux amies ; en les mettant en questionnement sur le bien et le
mal. Elle peut être rigide aussi.
Winifred ne peut se retrouver seule, elle a un besoin viscéral de l’autre. Elle étale son savoir pour être acceptée et reconnue par tous. Elle est prête à tous les
sacrifices ; quitte à se perdre elle-même. Elle est lisse et transparente.
Lisbeth, à l’opposé de ses camarades, ne se cache derrière aucun artifice. Elle est entière et se donne telle qu’elle. Elle vit dans ce qu’elle ressent.
Le jardinier est robuste et bourru. Il est prêt à leur offrir des fleurs pour mieux les attirer, les piéger. Il trouve cet unique subterfuge pour aboutir à
ses « faims ». Il est pervers et subit la perversité du trio.
Malgré les impératifs, chacun teste ses propres limites et les limites de la vie.
Aussi, ils agissent par pulsion toujours en quête de l’absolu.
Jusqu’où peut-on aller sans brûler la vie ?
Nous avons choisi cette pièce car paradoxalement elle pose un cadre et n’en a aucun :
- Le cadre est symbolisé par la pyramide : objet imposant de forme géométrique.
Elle s’impose à nos personnages. Ils se confrontent à ses arêtes, symbole de limites.
- Elle n’en n’a aucun car l’écriture est déversée, pure, comme un tourbillon.
Armando LLAMAS nous présente un tableau universel pour désigner les malaises et les difficultés du genre humain. Il ne nous endort pas, chaque mot nous réveille et nous
confronte à l’existence.
Il met en face les rapports entre les êtres humains :
Hommes/Femmes, Femmes/Femmes avec leur propre combat intérieur face à leur choix, bons ou mauvais. Chacun essaie de trouver sa place pour découvrir la solution dans la réflexion
ou la prise de pouvoir.
[|1- Naissance d’une rencontre
2- Quête et confrontation à la vie
3- Aveux
4- Mort|]