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Présentation

L’homme n’a pas de nom. Mais on va suivre son itinéraire, s’attacher à ses pas et peu à peu pénétrer au plus profond de sa vie. Enfant, dans son village du Congo, il a appris le métier de maréchal-ferrant tandis que son jeune frère a été initié à l’art des sortilèges. Puis c’est le temps de l’exil et de l’acclimatation à une nouvelle vie « dans pays de froideur, dans pays de pluie », la Belgique. L’homme sans nom, sans cesse, s’adresse à son jeune frère – moitié de lui-même et double encombrant qui rappelle la terre natale si lointaine. Mais le jeune frère, au fur à mesure que couleront les mots français patiemment appris par le plus grand, va peu à peu s’estomper jusqu’à disparaître et devenir « L’invisible » ...

Par le biais d’un conte profondément humain et dans une écriture étonnante qui bouscule et disloque les phrases - « Etre étranger, c’est vivre en terre étrangère. C’est aussi vivre en langue étrangère. C’est baragouiner une langue. Mais c’est aussi enrichir une langue », dit Philippe Blasband » - un spectacle comme un hommage à tous les déracinés, qui dit la perte et la douleur et dont la forme désamorce toute lourdeur par les éclairs d’humour et d’ironie de sa magistrale interprétation.


Lui, il a 7 ans lorsqu’il est envoyé comme apprenti maréchal-ferrant. Hanté par la grande différence entre son parcours et celui de son frère cadet apprenti sorcier, il grandit. Par temps de guerre, ils émigrent en Belgique, étrangers aux odeurs, à la ville et à la pluie. L’un porte l’autre, tel un fardeau. Plus le frère s’intègre dans sa nouvelle patrie, plus l’autre semble devenir invisible. Mêlant l’imaginaire, les sentiments fraternels, la magie et la quête d’existence, L’invisible nous touche et nous prend aux tripes, sur fond de guerre, d’exil et d’intégration sociale.

Quand un auteur vivant a de la chance, on monte une de ses pièces.
Quand un auteur vivant a beaucoup de chance, on monte une deuxième fois une de ses pièces !
Ce n’est qu’en voyant une deuxième mise en scène, avec d’autres comédiens, qu’il découvre ce que voulait vraiment dire sa pièce.

Ma pièce l’Invisible a été jouée par deux comédiens, à plus ou moins huit ans de distance : d’abord Pietro Pizzuti, ensuite Dieudonné Kabongo.
Ces deux interprétations étaient magistrales. Aucune n’était meilleure que l’autre. Ces deux interprétations étaient fondamentalement différentes.
Pietro Pizzuti jouait avec toute sa subtilité, sa maestria, sa technique extrêmement complexe et toujours très consciente.
Dieudonné Kabongo donne l’impression d’être là, d’être simplement là.
Pietro mettait en exergue la complexité du texte.
Dieudonné nous en démontre la simplicité.
Tous les deux utilisent leur vécu d’étranger pour parler de la pièce et pour la jouer, mais un vécu très différent, pour une utilisation très différente.
Tous les deux, évidemment, sont très typiquement des comédiens belges.

Philippe Blasband