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Note d’intention de Laëtitia Mentec

Dans un salon à l’allure très graphique mais aux limites indéterminées, une dame parle des règles à suivre, pour vivre en bonne intelligence avec le monde d’aujourd’hui.

Elle énumère des principes, des obligations, des impératifs administratifs, avec beaucoup de zèle, cherchant souvent le mot exact qui précise sa pensée.

C’est au moment même de ces précisions, que ce qu’elle dit lui échappe. Ce flot de mots inutiles submerge le spectateur et complique le discours.

Le personnage de la dame est occupé à une somme de tâches automatiques. Aucune sensibilité ne semble l’habiter.

Une grande sévérité accompagne ses mouvements et chaque geste est indissociable du mot qu’il illustre.

Je me suis beaucoup documentée sur la mode féminine des années 50-55, car j’ai souhaité situer la modernité de la société dont il est question dans le texte de Jean-Luc Lagarce, à cette époque.

Les années 50, revêtent ce qui me semble être l’atteinte de la libération du quotidien dans la vie féminine, avec l’arrivée des machines dans l’espace domestique.

Dans la mode, on voit se profiler un retour à la taille très enserrée et à l’ultra féminité, avec un nouveau look accessoirisé dans le moindre détail. Grands chapeaux, escarpins, sacs, gants, etc...

Les mannequins, présentant les modèles, se tiennent dans des positions extrèmement déhanchées, un port de tête très haut. C’est le grand retour du corset et de la jupe ample, le corps est beaucoup plus maintenu, le cou est mis en valeur, on casse les poignets, les chevilles, on se déhanche d’un côté, on met en avant l’épaule opposée. La dame sera contenue dans les positions, sans l’enfermer dans une chorégraphie trop écrite, des mains, des pieds, de la tête, des hanches, des yeux. Elle subira un courant aléatoire piochant ici et là dans la statuaire moderne de ces années.

Les mains viendront appuyer le discours, les yeux chercheront les mots, la hanche dira ce que la bouche ne dit pas.

Il semble qu’il n’existe pas d’affectivité ni de subjectivité chez cette dame.
A mon sens, agir en fonction des réponses adéquates à une situation donnée, est le propre d’un automate. Il n’y a que dans les hésitations que le personnage de la dame devient humain.

Le fond du discours sera un prétexte à l’imbrication d’un autre espace, celui de la subjectivité, la mémoire, les sensations, les souvenirs. Cela est très présent dans la recherche du mot exact, qui ne fait que brouiller un peu plus la linéarité du discours. Le personnage de la Dame sera absente à elle-même dans une présente physique absolue.

Ainsi les incertitudes de la dame seront aussi présentes par la lumière vidéoprojetée et par des sons quasi-inaudibles accompagnant les aspects changeants de la lumières.

Les espaces blancs du décor, seront le support à ces entrelacs infimes de matière. Une superposition d’intérieur et d’extérieur.Ces aspects techniques seront extrèmement discrets et ne prendront jamais le relais du personnage. Je souhaite qu’ils accompagnent le non-dit de fragilité, ce qui justement n’affleure pas chez le personnage, sera présent sensiblement.