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Jardin des délices... et vert paradis des amours enfantines

Un jardin des délices, enfer et paradis à la fois, commencement et fin du monde… Les quatre jumelles se découvrent comme une peinture de Jérôme Bosch.
A ce vide qu'il s'agit non de remplir mais de peupler d'intensités pures, vitales ou mortelles, l'espace scénographique répond par un espace vide, un rectangle clos qui le crée et offre la dimension panoramique d'un tableau, aire de jeu no man's land qui se peuple peu à peu et conserve les traces de tout ce qui a été mis en jeu. Seuls éléments toujours là, un canapé, un " faux " frigo, vestiges d'une illusion référentielle désuète mais repoussés à l'extérieur du cadre. Chassés mais à vue.
La lumière et le son, également improvisés, non illustratifs, viennent ouvrir d'autres espaces, appels d'air, bulles.
Pour les acteurs de ce tableau qui s'exposent, un long travail qui consiste à tenter de se laisser vivre, dans la plus grande impudeur à eux-mêmes possible, avec toute la cruauté d'enfants sauvages, indomptés, à laisser parler l'inconscient et ses pulsions désirantes sans les censurer, mais jamais démonstratives, qui tentent simplement de se laisser voir au spectateur, à la loupe ou au microscope comme il voudra. Le rire, s'il existe, naît de cette fleur noire.
Quitter la rive et surtout celle du jugement ou plutôt s'y abandonner, accepter de se laisser voir démonté par le regard. Un travail qu'il faut sans cesse recommencer parce que la peur, la pression de la représentation, l'envie de plaire, reviennent toujours s'insinuer dans nos corps. C'est pour cela aussi que nous choisissons de présenter un travail en improvisation, afin d'être démuni et d'accepter ce dénuement, pour lutter au mieux contre la tentation du spectaculaire, en tout cas éprouver notre capacité à y résister.
Ca doit être le contraire d'un numéro d'acteur.
C'est en revanche le travail de l'acteur qui se dit dans le choix de cette forme risquée, en tentant de laisser voir ce que suppose d'être là, sous le regard, surexposés. Un numéro d'équilibre pour le funambule Copi.

Christine Monlezun

novembre 2008