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La pièce

Florian devenu Cythère est une prostituée célèbre qui, sur les rivages de la Méditerranée, donne ses “ enseignements ” à toute une cohorte de soupirants. Dans son music-hall sont chantées les douleurs consenties et une joie indicible, que sa présence plus que sa parole rend incontestable. C’est encore cette histoire de sourire qui hante une bande d’assoiffés en quête de révélations spirituelles. Le général, ancien dictateur d’Arcadie, la supplie de lui rendre son membre viril, n’est-elle pas comme une déesse antique, une allégorie de l’éros, une sorcière priapique ? En échange il lui donnera ce qu’il possède, ses palais, ses richesses, ses enfants. Le général a deux fils, tous deux également amoureux de la courtisane : Septime, un philosophe qui cherche de l’expérience sensible puisqu’il a lu tous les livres et que la chair n’est pas encore triste tant que Cythère danse, et Mozart, talentueux jeune musicien qui sert d’accompagnateur à Cythère. De son côté, la femme du général tente désespérément de reprendre le pouvoir qui lui échappe. Dans leur sillage, un poète grotesque, un médecin véreux, et Ferrare, ce parvenu arcadien, devenu pénitent du sourire de Florian-Cythère.
L’éros est-il tout puissant ? N’y a-t-il rien qui puisse égaler sa proclamation de la mort ? Cythère elle-même ne risque t-elle pas de devenir l’esclave de la force qu’elle a inaugurée ?

C’est dans cette pièce que le projet spirituel de Florian-Cythère s’approfondit. La poésie, frayant encore avec l’éros et Dionysos, n’est pas une simple décoration de l’idéologie ou de la religion culturelle, elle est une possibilité terrible, elle est une des possibilités de l’humanité face à l’absence de toute causalité. Cythère est prête à payer les conséquences de son érotisation de la mort, de son grand saut dans l’affirmation de la vie, de son refus de toute métaphysique. Sans doute ce sont les chansons qui disent le mieux la voie qu’elle trace quand, à court d’argument, elle se transforme en chantre alangui. Les chansons, la musique et aussi ce sourire que rien ne corrompt et qui à travers les larmes du monde, brille comme une énigme.