C'est lors d'un stage avec Philippe Demarle que nous sommes tombés nez à nez avec l'ovni Epopée Lubrique, une trilogie sulfureuse écrite par Marion Aubert. Ce fut un réel choc esthétique pour notre petite société d'acteurs, bientôt impatiente de colporter à son tour le pollen hybride de cette mystérieuse langue, aussi insolente que saugrenue.
Notre enthousiasme si immédiat pour cette écriture si résolument "hors genre" reçut pour écho celui de Philippe Demarle qui soumit l'idée à Marion d'écrire une pièce pour onze
personnages, quatre filles et sept garçons.
Défi qu'elle releva aussitôt en utilisant nos onze récits d'aventure ou anecdotes personnelles comme matériau. La plante folle Pousse-Pions avait
trouvé là sa toute première graine.
Puis la bouture fût placée dans un terreau idéal : celui où se déploie l'univers d'Anne Martin, danseuse soliste chez Pina Bausch, dont nous avait troublé le précieux travail intime autour du geste et de la sensation.
A l'instar des Pousse-Pions, les danseurs d'Anne Martin n'accompliront pas de grands exploits : ce sont plutôt des petits gestes, de brèves paroles de la vie quotidienne qu'une euphorique et fantasque chimie élèvera sans doute en modestes mais éclatants petits événements merveilleux. C'est l'éminente vertu de l'art secret d'Anne Martin : imaginer puis répartir dans l'espace et le temps ses intuitions pour qu'une chose, née d'un seul et qui ne parle qu'à un seul, au contact d'une autre, soudain parle à tout le monde.