Frédéric Fisbach est né en 1966. Après un parcours de comédien à sa sortie du Conservatoire national d’Art dramatique où il intègre la troupe de Stanislas Nordey au Théâtre
Gérard-Philipe de Saint-Denis, puis au Théâtre des Amandiers de Nanterre, Frédéric Fisbach choisit à partir de 1996 de devenir metteur en scène. Il développe alors un rapport au
théâtre fondé sur quelques axes dont il ne s’éloignera jamais : toujours mener de front travail de recherche et présentation de spectacles ; toujours mettre le
public au centre de ses préoccupations de metteur en scène (en proposant par exemple un statut de spectateur-associé à des spectateurs qui interviennent en amont et pendant des
représentations) ; toujours chercher des appuis dans les autres pratiques artistiques, adaptés à la nature des textes présentés, en les mêlant aux formes
théâtrales ; chercher ailleurs, hors de France, des pratiques qu’il pourra confronter à nos façons de faire occidentales. C’est autour de ces désirs forts que se créent
des formes nouvelles qui rendent le travail de Frédéric Fisbach original dans le paysage théâtral français depuis L’Annonce faite à Marie de Paul Claudel qu’il met en
scène en 1996, en passant par Maïakovski (Un avenir qui commence tout de suite) et Strindberg (L’Île des morts / Le Gardien de tombeau). Lauréat de la Villa
Médicis hors les murs au Japon en 1999, Frédéric Fisbach commence à établir des liens très étroits avec le théâtre japonais, mettant en scène Nous, les héros de Jean-Luc
Lagarce avec des comédiens de Tokyo. Suivront Tokyo Notes d’Oriza Hirata en 2000, la création des Paravents de Jean Genet avec des marionnettistes du Théâtre
japonais Youkiza en 2002, puis un nouveau travail avec des acteurs japonais pour la pièce d’Oriza Hirata Gens de Séoul en 2005. Entre-temps, Frédéric Fisbach rencontre le
chorégraphe Bernardo Montet, avec qui il crée une “Académie de l’interprète”, pour une Bérénice où la danse, le chant et la musique seront associés au travail des comédiens. Il
collabore aussi avec le metteur en scène Robert Cantarella avec qui il mène deux chantiers, l’un sur Molière et l’autre sur Corneille, ce dernier donnant naissance à
L’Illusion comique. Pour Animal de Roland Fichet, une partie des répétitions a lieu au Cameroun, toujours dans un souci d’ouverture à l’autre. Frédéric Fisbach
est également metteur en scène d’opéras, faisant preuve là aussi d’une curiosité qui lui permet de monter successivement des opéras contemporains, Forever Valley de
Gérard Pesson sur un livret de Marie Redonnet en 2000, Kyrielle du sentiment des choses de François Sarhan sur un texte de Jacques Roubaud en 2003, Shadowtime de
Brian Ferneyhough sur un livret de Charles Bernstein en 2004, et l’opéra baroque Aggripina de Haendel en 2003. Ce parcours atypique de metteur en scène se double d’une
activité de directeur de lieux avec le Studio-théâtre de Vitry de 2002 à 2006.
Aujourd’hui, il codirige le “104” avec Robert Cantarella, nouveau centre de création de la Ville de Paris, ouvert à toutes les pratiques artistiques. En prenant la direction de ce
lieu, Frédéric Fisbach poursuit les problématiques propres à son travail de metteur en scène : celles d’un lieu attentif à la relation entre les artistes et les publics,
pleinement ancré dans son environnement social et culturel.
Au Festival d’Avignon, Frédéric Fisbach a déjà joué dans Vole mon dragon d’Hervé Guibert dans la mise en scène de Stanislas Nordey en 1994 et présenté comme metteur en
scène Bérénice de Racine, codirigée avec Bernardo Montet, en 2001, L’Illusion comique de Pierre Corneille en 2004 et Gens de Séoul d’Oriza Hirata en 2006.
La plus célèbre, et sans doute la moins jouée, des pièces de Jean Genet (1910-1986), Les Paravents, est un immense poème dramatique inscrit dans le temps de la guerre d’Algérie et qui marque le début de l’engagement politique de l’auteur, renversant les valeurs pour glorifier la subversion, annulant toute vision idéale et manichéenne de l’Histoire. Véritable questionnement permanent sur la représentation théâtrale, cette pièce échappe et fascine à la fois. Frédéric Fisbach, qui aime confronter des pratiques artistiques diverses sur les plateaux pour faire résonner différemment les textes, a choisi de faire entendre l’épopée, le voyage vers le pays des morts, avec la simplicité et l’évidence d’un artisanat poussé à l’extrême de ses qualités. Les marionnettistes du théâtre japonais Youkiza, deux acteurs vociférateurs, des acteurs incarnant les trois personnages centraux de l’œuvre, l’interprète musical qui en direct amplifie et spatialise les voix – tous, avec précision et virtuosité, donnent vie aux 96 personnages de cette tragi-comédie aux accents de conte fantastique. Affrontant les contradictions, les superpositions, les faux-semblants, les vérités et les mensonges, les trompe-l’œil, les “déconnades” revendiqués par l’auteur, Frédéric Fisbach réussit à faire entendre les partitions diverses qui composent ce récit, comme dans une sorte de suite concertante, parfois heurtée, parfois envoûtante. Jouant sur tous les registres, de la confidence intime murmurée à l’oreille à la profération, du comique au tragique, du poétique au trivial, il offre au spectateur une fête à l’égale de celle que Jean Genet revendiquait pour son théâtre.
JFP