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Présentation

Sur scène une voiture. Oui, une automobile. Une DS jaune.
Je ne voudrais surtout pas dire pourquoi cette DS jaune m’obsède d’année en année. Cette obsession-là est venue un jour se loger quelque part, dans un coin obscur de mon crâne. Toute enfouie.
Elle se fait oublier puis elle revient. De temps à autre, elle revient, devant mes yeux, au premier plan de mon quotidien. Et il faut que j’en fasse un décor.
Le décor de toute une histoire : le dialogue que j’entretiens avec moi-même. Je suis deux et je dialogue avec moi. C’est simple. Et tout ça se passe dans une DS jaune. Et autour de la DS. Et je parle de la vie et de la métaphysique des choses. Et de la musique que j’invente dans mon placard. Et du vide que je remplis de mes idioties fondamentales. Et la boîte à gants de ma DS renferme des gants. C’est très rare qu’il y ait des gants dans une boîte à gants. Surtout de DS. Je mets ces gants et je conduis ma vie au fil des mots et des rythmes de ma DS.
Au fond de mes idées, il y a une couleur et du métal en forme de boîte à rêve, de boîte à mots, de boîte à paroles et de boîte à jeu.
Deux initiales et UN et DEUX qui, diable, parlent.

Le théâtre de Roland Dubillard est avant tout un théâtre d’acteurs, avec ce que cela suppose de liberté, d’inventions et d’audaces. Il appartient à ce nomadisme héréditaire des acteurs, qui fait que, de Molière et son Illustre théâtre à Dario Fo, Dubillard et ses « diablogues » trouvent leur place dans ce même mouvement : on prend la route pour s’en venir, de ville en ville, raconter des histoires à d’autres qui sont venus les écouter.
Ce théâtre-là ne se réduit pas à un discours théorique. Sans cesse il échappe à toute forme pré-établie : on le croit absurde et il apparaît aussitôt burlesque. On le prétend métaphysique, et hop ! il se grime en farce bouffonne. Ce théâtre-là est surtout très concret parce qu’il est très humain. Et comme tous les humains, il porte son propre regard sur le monde, les êtres et les choses. Il pense et respire son propre souffle, ses idées. Comme chacun d’entre nous.
Le théâtre de Roland Dubilllard est peut-être une personne... Il est en tous cas personnel et c’est en cela qu’il s’adresse à tout le monde.
Il nous fait rire, penser et nous transporte.
J’allais dire « nous transforme ».

Guy Pierre Couleau – novembre 2005