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Le Théâtre de l’Équipe

par Stanislas Nordey, janvier 2010

Quand un metteur en scène s’empare de l’oeuvre d’un dramaturge, il trouve souvent un porte-parole, un héraut.
Ma rencontre fondatrice avec l’écriture de Pasolini était aussi une rencontre avec l’homme, ses questions, ses certitudes, ses doutes.

Albert Camus a aimé passionnément le théâtre, il a joué, mis en scène, écrit et fondé des groupes ou troupes, peu importe l’appellation : Théâtre du Travail et Théâtre de l’Équipe en l’occurrence.

C’est une de mes obsessions : une cellule de travail, une équipe avec des individualités fortes au service du collectif. Ce fut l’une des réussites majeures du spectacle Incendies, par exemple.
Rêvant aux Justes, je me suis appuyé sur le noyau de la distribution d’Incendies, puisque cinq des acteurs ici présents appartenaient à la distribution (Raoul Fernandez, Damien Gabriac, Frédéric Leidgens, Véronique Nordey et Laurent Sauvage).

J’ai ensuite décidé d’adjoindre des personnalités d’horizons différents, mais dont les chemins de théâtre et de vie me semblaient particuliers et exemplaires:
Vincent Dissez, rencontré au Conservatoire National de Paris et que j’ai véritablement commencé à connaître en le voyant s’épanouir au contact de Didier-Georges Gabily. Il y a pour moi une parenté avec la génération Gabily, je me reconnais dans les envies d’un théâtre à la fois exigeant et généreux. Le parcours de Vincent, après Gabily, est un parcours tout en paris et en délicatesse avec de vrais choix.
Emmanuelle Béart, découverte au théâtre sur la grande scène de Nanterre-Amandiers où elle portait avec allégresse et fierté une Camille dans la mise en scène de Jean-Pierre Vincent. Un vrai souvenir de théâtre. La vie nous a amenés à mieux nous connaître lors de mobilisations liées au champ social, et j’ai retrouvé la même énergie, la même disponibilité que j’avais entrevues dans On ne badine pas avec l’amour. Ses choix cinématographiques, ses fidélités à Assayas, Rivette, Téchiné ou Raoul Ruiz me rapprochent d’elle, évidemment. 12 Wajdi Mouawad est un complice avec lequel j’aime rêver à des aventures toujours nouvelles et improbables, comme le fut la naissance de cette amitié entre deux hommes de théâtre qu’a priori tout éloigne… sauf le goût pour la littérature. Chassés-croisés entre nous deux depuis presque dix ans maintenant, dont l’épisode présent est savoureux puisqu’au moment même où il jouera Les Justes à La Colline, je défendrai à l’Odéon sa pièce Ciels. Pour lui aussi, la question de l’équipe est au centre de l’engagement théâtral.