« Invitée à créer des sculptures pour la chapelle de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Mâkhi Xenakis s’immerge dans les archives de l’Assistance publique pour laisser venir
à elle l’esprit des lieux. Elle en exhume des manuscrits totalement inédits, bouleversants, qui bruissent encore des cris de ces femmes enfermées là depuis Louis XIV jusqu’à
Charcot. Quand la plasticienne pense ciment, tiges filetées, pigments, inévitablement surgissent les mots. Travaillés comme une matière brute, qu’il faut élaborer, agencer, tordre
pour qu’ils expriment l’indicible de cet univers carcéral oublié.
Véritables figures sur la surface des pages blanches, des mots, des grappes de mots s’écartent, s’entrechoquent, parfois seuls, vibrants, toujours au bord du précipice. Portés par
une force incantatoire, ils sont en équilibre, suspendus dans le vide, et, à l’instar des statues, exposées à nos yeux dans leur nudité, leur vulnérabilité, libres, enfin.
»1]
Deux actrices et un acteur ressuscitent ces cris venus des abîmes de la société, donnant un corps tangible à ces femmes que l'on a voulu transformer en fantômes vivants.
Le théâtre retrouve là deux de ses fonctions essentielles : faire revivre les morts en leur donnant la parole et permettre aux vivants de rester vigilants quant au sort de ceux
qui aujourd’hui pourraient devenir à leur tour “ceux que l’on ne veut pas voir”.
1] *avec l’aimable autorisation des Editions Actes Sud