Les écrivains ont tous le même tiroir et il faut faire avec, il faut trouver les mots justes. Les mots qu'on emploie nous définissent.
Avec ce spectacle Philippe Dorin et la compagnie Flash Marionnettes nous montrent ceux qui regardent et ceux qui sont regardés comme s'ils étaient unis par quelque pacte
faustien. Quel que soit le côté de l'écran où l'on se trouve, la télévision n'avantage personne. Le plus banal relève déjà du fantastique dans une veine satirique aux
ricanements swiftiens; à l'image de ce casting musclé ouvrant le spectacle qui décoiffe à tous les sens du terme, comme une ode à l'arbitraire et au struggle for life! Les
paillettes, les flonflons, les lumières qui brillent servent d'écrin chatoyant à la plussauvage cruauté. Mais attention ce n'est pas tant de la télévision que s'amuse ce
spectacle - "cela elle le fait déjà très bien elle-même", dit Philippe Dorin -, que de notre relation à nous, spectateurs, avec le petit écran. La télévision selon Dorin? Un
monde merveilleux, formidable, fascinant, enjôleur, un paradis... un miroir aux alouettes où les reportages en Irak, les sitcoms, le téléachat, les jeux se retrouvent sur le
même plan, tout cela sous l'oeil hagard d'un couple sans âge, presque sans vie, affalé sur le canapé familial, hypnotisé par l'écran. Un spectacle décapant.
Production : Cie Flash Marionnettes
Coproduction Théâtre Anne de Bretagne (TAB), TJP, La Passerelle - Centre Culturel de Rixheim
© Jaime Olivares