Il m’est toujours apparu essentiel que les pièces que j’écris soient mises en scène par d’autres que moi. Cela correspond à une nécessité du regard de l’autre, de son désir qui
vient traverser mon univers, de l’inévitable et salutaire trahison artistique. C’est une manière aussi de me protéger, de relativiser mon intimité dévoilée, de la
rendre secondaire.
Lorsque Marcel Bozonnet m’a demandé de mettre en scène Les Effracteurs, ma surprise était double : celle de la proposition et de l’honneur qui
m’est fait, mais encore plus, celle de mon acceptation.
J’ai accepté parce que ce texte écrit d’un seul jet après un séjour dans une maison en Avignon au cours du festival de 1996, me paraissait déjà ancien. J’avais suffisamment de
recul pour le travailler pour ce qu’il est : une « bouffonnerie criminelle ». Très vite pourtant j’ai retrouvé la douloureuse intimité d’enfance qui le
gouvernait ; douloureuse donc enfouie, recouverte, niée même...
Spirandelienne, la mise en scène sera spirandelienne : en spirale, en abyme, en masques successifs comme chez Pirandello, qui s’affichent en pleine
lumière pour pouvoir mieux se dérober dans l’ombre. L’ombre des nuits de cambriole à la lueur si particulière, vampirique, fantastique… Elle oscillera entre présence
émotionnelle et absence matérielle. Le ton sera burlesque, bouffon, à la limite du gag et ces extrêmes du rire rencontreront l’extrême pudeur de la folie, du désamour et de
l’enfance.
Comme mon écriture, cette mise en scène n’aura qu’un objectif : comment, par le théâtre et tous ses artifices, raconter au mieux les paradis et les enfers perdus de nos
enfances ?
José Pliya
Production : Comédie-Française