Spectacles
Les Couteaux dans le dos, les ailes dans la gueule
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Marie ne veut pas qu’on la touche, elle a horreur de ça.
Elle préfère se couper les bras toute seule, juste pour trouver quoi faire de ses mains et de son ennui.
Elle a ses raisons - ses raisons, ce sont ses parents, sa mère qui hait "les rapports", jusqu'au mot même de "rapport", ses parents, ce père et cette mère tragi-comiques qu’elle
voit vivre, qu’elle va fuir.
Elle écoute parler et chanter Clémence, le fantôme joyeux de sa grand-mère qui sait pourquoi se coupent les enfants ; parce que « ces ailes qu’ils ont dans le dos,
ces ailes immenses et tant d’espace devant eux, quand ils ne peuvent pas voler avec, c’est comme des couteaux qu’ils ont dans le dos ».
Elle rêve de faire gardien de péage sur une autoroute.
Elle part.
Elle rencontre ce qui pourrait ressembler à ce que l’on serait tenté d’appeler l’amour…
Cela donne une fable dont la morale pourrait être que dans la vie tout peut arriver. Même rien.
Pierre Notte aime les histoires de famille.
Il aime aussi jouer et mélanger les univers, installer les situations dans des huis clos domestiques plus ou moins réalistes, puis instiller avec délice des grains de sable venus
de l'au-delà dans la machine du quotidien, alors commence l'envolée dans le monde lunaire, pathétique et souvent hilarant de l'auteur.
Le matériau protéiforme dont nous disposons (personnages réels, surnaturels, huis clos, grands espaces, textes parlés, chantés, vidéos…) impose à la mise en scène de trouver une
cohérence formelle, ce qui ne doit pas nous éloigner de l'essentiel: raconter la vie tragi-comique de ces deux familles, leur quotidien minable, leur incommunicabilité chronique
et pour finir, leur désastre.