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La Pièce

Le roman Les Bouts de bois de Dieu paraît en 1960 – année de l’indépendance pour la plupart des États africains francophones – mais se déroule sous l’ère coloniale. Un fait réel a inspiré l’auteur de ce classique de la littérature africaine : la grève des cheminots du Dakar-Niger qui s’est déroulée à Dakar et à Bamako, d’octobre 1947 à mars 1948. Sembène Ousmane déploie les motifs qui ont poussé les cheminots à cette décision : chômage, revendications salariales, amélioration des conditions de travail, sécurité sociale, racisme et colonialisme, tradition et modernité. Cette oeuvre, qui a obtenu le grand Prix littéraire de l’Afrique Noire, figure au programme scolaire de la plupart des états de l’Afrique francophone.
Dans un roman aussi dense et riche en péripéties, il faut délimiter son champ d’action. J’ai choisi une approche dynamique qui met l’accent sur la grève des cheminots et sur le rôle des femmes qui, dans la famille comme dans la société, occupent en Afrique une place centrale. Avec ce projet, j’ai voulu rendre hommage à ma mère et à toutes les femmes.
Vingt-sept ans après une première adaptation avec la troupe Ngunga de Brazzaville, ce roman continue de me hanter… J’ai donc décidé d’approcher, avec un autre regard, ce texte qui a une résonance internationale.
Conçue comme un film retraçant la vie des héros de la plus longue grève que l’Afrique ait jamais connue, la pièce est une partition dont le personnage Grève – sorte de griot –, les femmes et les grévistes eux-mêmes scandent les épisodes. La mise en scène repose sur un principe simple, celui de l’abstraction scénique. Dans un décor minimal, l’accent est mis sur le jeu des comédiens afin de créer un corps-espace qu’habitent et animent les voix, le souffle, la présence.
L’aire de jeu, sur plusieurs niveaux, transpose ces mondes qui ne se touchent ni ne se regardent. Sont évoqués le ciel (le rêve), la terre (l’oppression) et l’horizon (l’espoir) ; ces trois ordres qui régissent l’existence humaine. L’usage du flash-back permet d’établir des liens entre présent et passé. Les musiciens et chanteurs participent à l’action au même titre que les comédiens.
Reprenant ce spectacle, j’ai voulu rendre hommage à Sembène Ousmane décédé en juin 2007, et à Marie-Augustine Diatta, comédienne, ayant participé à la création en 2000 à Dakar, disparue dans le bateau Djoola au large des côtes gambiennes en 2002.

Hugues Serge Limbvani