Le texte "Les Bouches" est né d'une commande que m'a passée le metteur en scène Stéphane Guex-Pierre. Commande extrêmement libre puisque la seule contrainte était de lui fournir matière à monter un spectacle et de créer des personnages pour deux comédiennes qui travaillent dans la compagnie Atelier 6. J'ai donc commencé à écrire une première version de la pièce.
Ensuite, j'ai eu la possibilité d'effectuer une résidence d'écriture aux Maisons Mainou. J'y ai remanié la première version du texte. Ce travail d'écriture en résidence a été déterminant. Cela m'a permis non seulement d'avoir la possibilité, la concentration et le calme pour écrire, mais aussi de pouvoir bénéficier d'un encadrement dramaturgique d'une rare qualité.
Du questionnement intime sur ses propres origines, aux questions identitaires plus collectives, le thème de l'appartenance est au cœur de mon travail d'écriture. Mes personnages
sont des exilés; exilés au sein de leur propre famille, exilés pour de bon, ou exilés à la marge de la société. C'est à travers eux, que j'ai envie d'appréhender la langue, de
tenter de comprendre la société dans laquelle je vis et d'aiguiser mon regard sur le monde.
L'exilé appréhende la réalité un peu comme on côtoie une langue étrangère. En trébuchant, mais en inventant aussi.
Je cherche à ce que la langue que parlent mes personnages ne soit pas seulement un véhicule pour transmettre des idées, mais une matière, qu'elle raconte leur façon singulière d'être au monde.
Valérie Poirier
Ces trois femmes vivant dans un hôtel sont-elles vraiment surprises par l'arrivée d'un inconnu? L'attendaient-elles? N'est-il pas l'espoir contenu en chacune d'elles? N'est-il pas le générateur des fantasmes qui sommeillaient dans ces cœurs de générations différentes?
Et lui, d'où vient-il? Quelle est sa réelle destination? Le sait-il seulement? Ces femmes pourraient-elles, elles aussi, rallumer l'étincelle de sa vie?
Les bouches? Que sont-elles ou qui sont-elles? Organiques ou mécaniques, ces souffles récurrents et sourds ne disent-ils pas qu'il manque si peu pour que le rêve qui s'exhale ne s'exalte?
Cette pièce majeure de Valérie Poirier a trouvé son aboutissement en résidence aux Maisons Mainou et est lauréate 2004 du prix de la Société suisse des Auteurs.