« L’individu ne peut ni aider ni sauver une époque, mais seulement constater sa perte. » Kierkegaard
Du darwinisme à Nietzsche, de Houellebecq à Sollers, en passant par Dieu et le Diable, Maurice G. Dantec critique la modernité sous forme d’une réflexion sur l’histoire, les sciences, la philosophie et la religion. Du big-bang à demain il donne au lecteur, à travers ce journal ambitieux, « métaphysique et polémique », une approche réaliste du monde afin de réveiller les esprits de l’humanité en marche vers l’invention d’un autre futur.
Le projet est un théâtre musical pour un ensemble (Flûte, Oboe, Clarinette, basson, Cor, Trompette, Trombone, Tuba, percussions, Piano, Violon, Alto, Violoncelle, Contrebasse), un comédien, 3 artistes de cirque et dispositif électronique audio I vidéo (Sinan Bokessoy (ingénieur) et Daïto Banabe (artiste).
Le «Théâtre des Opérations» est une sorte de journal métaphysique et polémique. Il est question du post-humain «animal doué de raison» Toute la question du politique lié au devenir de notre rapport à la technologie y est posé avec un regard aiguisé et une grande poésie. Il constitue une «bible» pour écrire ce projet «de théâtre musical» et un cahier des charges technologique génial afin de développer les outils nécessaires à l’expression des nouvelles technologies sur scène.
J’ai imaginé le personnage narrateur du Théâtre des Opérations, comme un personnage solitaire tournant les pages d’un livre « virtuel » imaginaire de son parcours et de son désir de partage.
Ce personnage représente, incarne un étrange dompteur d’objets fauves. Il ponctue ses accès d’humeurs d’étranges sonorités humaines. La tension naît de la friction entre ce corps volontaire et la résistance des choses ... Cette relation est fluctuante : elle tient de la joute et de la chorégraphie, de l’affrontement et du dialogue. On peut, en fait, lire l’histoire d’une pacification de la relation entre l’humain et la matière.
La présence de la technologie est envisagée comme élément constituant du « pouvoir » de « basculer » dans la poésie de ce « livre virtuel » faisant découvrir ce personnage et son univers. Le livre « virtuel » est un outil technologique (basé sur une application de captation gestuelle) manipulé par ce personnage. Les espaces scéniques et imaginaires se confondent.
La musique est multiple, de cirque, connue, ou bizarre. On voit des « numéros musicaux », des moments de manipulations sonores, des confrontations entre des objets usuels et instrumentaux et des situations de mise en abîme de la relation corps-instruments.
Roland Auzet
Dissipons tout malentendu : Le Théâtre des Opérations n’est pas un journal intime.
Point d’états d’âme dans ce texte foisonnant, mais une dissection et une tentative de dépassement du nihilisme contemporain que diagnostique l’auteur. En guettant le surgissement d’un nouveau stade de l’humanité, Dantec cherche à jeter les bases d’une nouvelle métaphysique, estimant que les bouleversements scientifiques récents provoquent des basculements de paradigmes.
L’idée générale: la forme achevée de la modernité, telle que nous la connaissons aujourd’hui en occident, est sur la pente d’une forme de décadence. Dantec traque et fustige toutes les formes du nihilisme postmoderne conduisant à l’abandon de la souveraineté créatrice. Il questionne la démocratie, l’égalitarisme, l’humanisme, toutes notions nées des Lumières et mortes en 1918, pourvoyeuses selon lui des dialectiques mortifères que nous continuons aujourd’hui à subir, et qu’il juge à jamais dépassées.
L’humanité doit opérer une mutation, une synthèse disjonctive lui permettant de s’inventer un futur en exploitant la richesse des héritages du passé. Mais Dantec n’adopte pas pour autant une attitude «révolutionnaire» ou «réactionnaire». Il estime que seule une approche «évolutionniste» est viable. Le capitalisme marchand doit continuer à régner outrageusement, jusqu’à épuisement, engendrant des cataclysmes d’où surgira une nouvelle humanité, une humanité surhumaine issue de cette dialectique du chaos.
Dantec n’est pas un prophète de la fin: pour lui, ces bouleversements représentent une promesse. On est très loin des prédictions millénaristes.
Il fait preuve du minimum que l’on puisse exiger d’un homme qui s’adonne au libre exercice de la pensée: l’honnêteté intellectuelle.
Roland Auzet
À propos des manifestations anti-OMC de Seattle, Maurice G. Dantec a écrit ceci : «Nous y voyons de jeunes mômes de hippies néobourgeois errant entre deux raves, désoeuvrés et sans culture, et ne désirant ni oeuvre ni culture, qui essaient de se la rejouer Mai 68 sous l’oeil de cent cinquante chaînes de télévision venues du monde entier pour goûter le spectacle et augmenter le prix unitaire de l’espace de publicité. (...)»
A quand des émeutes sponsorisées par Coke, Molson Dry ou Nitendo. Depuis quelques mois, l’écho rance d’un « retour de l’anarchisme» cogne à nos oreilles. Les rumeurs pathétiques d’une « révolution à venir» barrent la une de nos gazettes.
La contestation n’est jamais un épiphénomène dans la société «capitaliste «, elle est son fondement même. Ceux qui parlent de révolution ferait mieux de se savonner sept fois la langue : «Aujourd’hui, Contestation Incorporated est une branche de la noosphère publicitaire.
Ni journal intime, ni chronique de l’actualité, ni essai critique, ni pamphlet philosophique, ni acte de sabotage moral, ni même acte de foi, et pourtant un peu de tout ça à la fois «, Suivre Dantec dans sa spirale réflexive, c’est comme partir en vacances avec l’incroyable Hulk à l’île de Ré.
Le Théâtre des opérations compile avec une rare acuité les non-engagé obsédants des années 00: l’apocalypse et la pop culture, la conspiration et les sauts quantique, l’ADN et la mystique. Il est question des visites extraterrestres occultées par l’armée américaine. De Dostoïevski, Léon Bloy, Phiippe K. Dick, Nietzsche et Homère.
Roland Auzet