« La grandeur de l’homme aujourd’hui comme hier est dans sa déchirure. C’est le mal de vivre qui nous donne la raison de vivre et la passion de créer. Les slogans mille
fois répétés d’une société « positive » sont infiniment désespérants et fabriquent chaque matin des millions de dépressifs. Il est temps de recommencer à
réfléchir et à vivre. »
C’est en ces termes que Jean Clair s’exprime, non pas à propos de Jon Fosse mais de la mélancolie pour laquelle il a consacré une exposition il y a quelques mois.
Jon Fosse est sans nul doute un auteur mélancolique, mais de cette mélancolie qui, paradoxalement, aide à tenir debout. La simplicité de son écriture touche par son extrême
sensibilité ; aucune tristesse larmoyante, aucun pathos lourd et pompeux... juste la vie, ni plus ni moins. Comme chez Tchékhov, chez Duras, tout est dans le silence,
le regard, le rien. On est d’ailleurs parfois chez lui, plus proche de la poésie que du théâtre ; aucun effet scénique, aucune répartie hardie et efficace... On a peu
de chance de se lever pour applaudir debout à la fin... et c’est tant mieux.
Jon fosse ôte tous les artifices éculés du théâtre pour ne laisser que le plus difficile : la simplicité ; il fait partie de ces auteurs tant attendus qui
débarrassent enfin le plancher poussiéreux de nos tréteaux de tout ce lourd fatras bavard et prétentieux. Chez lui les phrases sont brisées avant que le sens n’ait eu le temps
de faire son travail. Il nous laisse souvent dans l’interrompu, le suspendu, l’hésitation... à nous de terminer ou pas, de continuer ou de décrocher ; il renonce à
trop en dire, pudeur et élégance qui font de lui un auteur simple et immense par son questionnement.
Jon Fosse est un « ôteur de théâtre ».
Coproduction Grenier Théâtre, Théâtre du Pavé