En 1992, je mettais en scène le texte « Bestiaire » écrit collectivement par un groupe de déficients mentaux sous la direction de
Thierry Lahontâa. « les taxidermistes » était un spectacle coup de poing qui attaquait une donnée incontournable de l’être
humain : la bestialité.
Ode fantasque au fantastique, au lyrisme tragi-comique d’une vision étrange du monde animal vu à travers le prisme d’une lucidité implacable de personnalités
dite « différentes », ce spectacle « givré », « délirant », « déchaînant
l’enthousiasme », « conquérant », était placé sous le signe de la performance.
L’adaptation avec quatre comédiens que j’en avais faite à l’époque était la transposition d’un simulacre de théâtre dans un charivari débridé et déglingué, qui mettait en
évidence mon penchant pour une forme instinctive du jeu.
Les taxidermistes ou les « ivres de la jungle » manipulaient dans un joyeux déballage alternatif façon rock-garage, des évidences
imparables sur le règne anima. Ma langue s’inscrivait alors dans l’urgence de l’instant avec le réflexe avoué d’une tentative de destruction de la mécanique théâtrale …
(..)
Mon expérience de théâtre formelle et le doute entretenu à son sujet, mon désir lancinant de continuer à accompagner la fulgurance de ces écrits, ma passion pour les caractères
à la marge, ma rencontre avec Patrick Robine, me décident aujourd’hui à la relecture du Bestiaire afin d’y offrir l’autre côté de cette réalité.
Renaud Cojo
Novembre 2003