LE VOL DU FLAMANT est une pièce singulière, plastique et chorégraphiée, à la limite du non-spectacle. C’est une recherche autour de la sensation produite, mise en forme comme on construirait une sculpture.
Ce travail est un témoignage artistique et très subjectif, écrit par nécessité ; inspiré et d’un fait divers (suicide d’un homme en prison) et d’une longue expérience de travail en Danse Improvisée avec les personnes détenues de la Maison d’Arrêt de Besançon (cinq années d’intervention).
/3 hommes sur scène. Des micros suspendus./
Cette pièce ne raconte pas la prison.
Elle porte un point de vue, avec des choix éthiques et artistiques sur ce qu’il est possible de dire et comment le dire.
Elle demande au public d’entendre
une parole incompréhensible,
de sentir la folie de la prison.
Parce que c’est bien de ça qu’il s’agit ;
dénoncer cette folie, sans séduction.
Cette pièce est dure, folle même,
dans sa construction si simple.
“Ca m’explose la gueule ” / Texte de fin
défilant en projection sur une pièce sonore de 6 mns.
“Ca m’explose la gueule d’en parler avec des mots.
J’ai tellement pleuré putain.
La prison gagne parce que c’est dur d’en parler ;
dépasser sa propre misère devant ça et la colère et l’envie de hurler -allez vous faire foutre !-
Dire quoi quand il n’y a aucune vérité, une seule sensation
LA MORT LA MORT LA MORT LA MORT LA MORT LA MORT LA MORT
laissez-moi mourir et que les seuls mots qui viennent sont les pires insultes.
La prison gagne parce qu’on ne sait pas en parler ; rien à dire devant ça.
On est vide là.
Et pourtant, tellement d’humanité dans la prison.
C’est le monde où j’ai rencontré les hommes les plus beaux, c’est le monde où Kamel apprend
le français à vingt ans et écrit: “maintenant quand je rencontre un homme, la première chose
que je vois c’est sa bouche et le cri dans sa bouche”.
C’est le monde où la dignité est profonde, souterraine, et c’est le dernier monde de Henri,
et ça c’est dégueulasse. Il n’a pas supporté le poids de la honte et du jugement social, c’est tout,
et merde, merde à ceux qui ne font pas leur travail,
merde à ceux qui n’ont rien vu, merde au suicide en prison.
La prison n’a pas de raison et c’est sa force. C’est sa force le silence,
c’est sa force qu’on n’en pense rien. C’est un système bloqué et de blocage qui mène à
toutes les formes de souffrance et si c’est ça la loi, que la loi aille se faire foutre.
Alors, ouvrir, ouvrir et l’ouvrir,
regarder dans le noir
et en penser quelque chose.