Un spectacle diététique et philosophique pour estomacs et esprits joyeux !
Comment mangent les philosophes ? Existe-t-il une philosophie de la nutrition? L'estomac est-il une deuxième raison ?
Convoqués au banquet de Diogène, les philosophes rivalisent de théories tout en exaltant leur régime alimentaire : l'hôte mastique frénétiquement son poulpe, Rousseau, les
yeux sur la ligne bleue des Alpes, tourne sa cuillère dans un laitage, Kant titube, Nietzsche vitupère le goulasch en se gavant de charcuterie, Sartre, traqué par les homards, se
demande "quel est le coefficient métaphysique du citron ?"
Au-delà de ce qui pourrait paraître un goût pervers ou une phobie, chacun d'eux invente une diététique qui renseigne aussi bien que leur système philosophique, sur leur pensée,
leur vie, leur oeuvre. D'où l'idée de Michel Onfray de parcourir leurs itinéraires culinaires pour accéder de manière plus oblique et inhabituelle à leur philosophie. Plus que
jamais hédoniste, le philosophe nous invite à un banquet où la chair et l'esprit célèbrent des alliances jubilatoires.
Dominique Paquet
Intentions de mise en scène de Patrick Simon
Ce banquet des philosophes se joue dans une cuisine équipée où machines, placards et tiroirs sont à double sens : théâtral et philosophique. Comme lors de nos précédents
spectacles, -la boucherie baroque de Descartes ou la plage ensoleillée de l’amour platonicien- l’esthétique de la scénographie répond en écho à l’esthétique des philosophes et
chaque scène est traitée également en fonction du fond philosophique, tant il est vrai, comme Michel Onfray le montre, que du corps procède la théorie, que la théorie n’est qu’un
reflet abstrait du corps ! Ainsi Rousseau cherchant la nature perdue dans la consommation excessive des laitages, rêvant de poitrines nourricières et
inépuisables ; Kant, méticuleux et ivre, cherchant obstinément dans son assiette où gisent en vrac des morceaux de poire, « une forme…une forme précise
» ; Nietzsche cherchant la légèreté alourdi par les charcuteries ; Sartre, aux bras noirs de crasse, se figurant comme « un gringalet qui n’intéressait personne »,
et travaillant à exacerber le principe d’excellence sous les oripeaux de la laideur.
Trois acteurs : le philosophe contemporain qui convoque dans sa cuisine ses grands prédécesseurs interprétés successivement par deux acteurs.
Histoire drolatique, émouvante, pathétique parfois lorsque la théorie philosophique s’obstine à naître d’un corps malade qui rêve cependant de santé et de beauté. Philosophie
jubilatoire qui scelle l’alliance de la chair et de la pensée dans une étreinte hédoniste et exaltante qui porte haut les valeurs de la gourmandise mesurée par l’art.