Certains s’avisent… de rapprocher le château intérieur de sainte Thérèse d’Avila des constructions sadiennes… « le château de l’âme a bien des
points communs avec ce château de la chair qu’est le château sadien », ne craint pas, en effet, d’affirmer Béatrice Didier*…
(retrouvant) chez Sade comme chez Thérèse d’Avila, une même architecture concentrique, abritant une nécessité de l’intériorité et un même désir d’absolu. Ce rapprochement a le
mérite de matérialiser,
plutôt de figurer, non seulement la tradition d’une lecture religieuse de Sade, mais le renforcement de cette tradition.
Ici, je pense bien sûr à Swinburne et à sa fameuse Apologie de Sade :
« Approchez et vous entendrez palpiter dans cette charogne boueuse et sanglante les artères de l’âme universelle, des veines gonflées de sang divin. Ce cloaque est tout pétri
d’azur ; il y a dans les latrines quelque chose de Dieu. »
Je pense bien sûr à Pierre Klossowski annonçant en épigraphe à son essai Sade mon prochain : « Si quelque esprit fort se fût avisé de
demander à saint Benoît Labre ce qu’il pensait de son contemporain
le marquis de Sade, le saint eût répondu sans hésiter : “ C’est mon prochain ”. »
Annie Le Brun
Soudain un bloc d’abîme, Sade
* Sade, Éditions Denoël-Gonthier, Paris, 1976