Quand Maurice Pottecher inaugura le Théâtre du Peuple en 1895, son objectif était de proposer soudain, dans un contexte où la culture était quasiment inaccessible, une pièce qui
parlerait à tous, ouvriers, bourgeois, paysans, intellectuels…
Pendant plus de soixante ans, il inventa une œuvre qui tirait sa sève de la spécificité du public auquel il voulait d’adresser, en assumant et profitant des contingences
historiques locales. Le Théâtre du Peuple se développa et rayonna grâce à ce geste poétique dont l’humanisme était la racine.
Le contexte sociologique et culturel est bien différent 113 ans après, mais le Théâtre du Peuple reste un lieu qui réclame des inventions originales, des pièces qui revendiquent
moins l’universalité que la justesse de proposition dans un lieu donné, à une époque précise. Je suis convaincu que c’est en fouillant cette pertinence que le public le plus vaste
pourra se sentir concerné par les spectacles de ce théâtre mythique.
Et c’est dans cette optique du « sur mesure » - tout comme en 2007 Les affreuses, conte moderne onirique écrit et mis en scène par moi-même - que j’ai sollicité Rémi
De Vos pour imaginer une pièce qui s’empare du monde moderne pour le traditionnel spectacle de l’après-midi : Le ravissement d’Adèle.
La musique sera pour moi un axe supplémentaire de narration. Interprétée par Olivier Martin-Salvan et un autre musicien (distribution encore en cours), l’environnement sonore et
musical dialoguera par un subtil mélange de création contemporaine, de musique classique et de mélodies ludiques, avec la poésie et le mystère du texte de Rémi De Vos.
Pierre Guillois
La pièce est en cours d’écriture. Elle fera pour finir dans les 200 pages. Il s’agit d’un matériau-texte pour une scénographie particulière.
Voilà comme je vois les choses : les différents espaces privés cohabitent sur scène. Quand l’action se concentre sur un espace précis (les lieux où ça parle), l’action dans
les autres lieux se déroule en mode mineur.
La difficulté (une des difficultés!) est qu’il est fortement souhaitable que cela parle en même temps dans différents espaces - mais moins, beaucoup moins, des phrases courtes -
et à des moments bien définis qui ne gêneront pas le cours du jeu. (A un moment, ils se mettront tous à parler en même temps, et l’on ne comprendra rien !) C’est un des
aspects de la pièce que je ne pourrai aborder qu’avec Pierre et les acteurs en cours de répétition. Les espaces seront habités ou pas selon les décisions de mise en scène prises
durant le travail sur le plateau. J’imagine pas mal de mouvements, d’entrées et de sorties, de croisements… On ne pourra comprendre certaines choses énoncées dans un espace qu’à
partir d’actions silencieuses aperçues dans d’autres, avant ou après l’énonciation. C’est un travail qui demandera une extrême précision dans l’écriture et la mise en scène et
beaucoup de concentration de la part des acteurs qui joueront la pièce.
Rémi De Vos