Les mots de Sophie Loizeau sont dits et chantés par Anne Alvaro, la comédienne à la voix de velours. Elle les danse dans une scène longue aux couleurs d’automne, la couleur de la chair selon notre poète amie des bois et des mousses, experte en nus de forêt, amie des animaux à cornes et des brames, fréquentant assidûment les boucs, roulant ses désirs dans les eaux et les ciels, foulant les terres et les boues, aimant la vie jusque dans la mort pourrissante.
David Lescot connu comme auteur et metteur en scène est cette fois avec Anne Alvaro en trompettiste, mêlant ses cuivres, soulignant, heurtant, commentant le verbe. Voici deux complices, une voix et un instrument face à face en duo ciselé − léger, dans le souffle, infiniment, dans le presque rien − et puis soudain : rap, formes endiablées, danse, chanson, art dans lequel l’actrice excelle.
Anne Alvaro à grandes enjambées fait le tour du trompettiste, l’enjôle, s’éloigne revient vers lui. Puis en se fige devant le rideau aux gravures rupestres et les deux complices se trouvent dans la délicate caresse de leurs deux voix graves.
Claude Guerre