Molière nous montre que l’enjeu humain qu’est l’ouverture à l’autre tient quasiment de l’impossible. D’une part, parce que le narcissisme blessé y est un obstacle majeur,
d’autre part, parce que la peur face au mystère qu’est l’autre, l’altérité, paralyse toute forme d’action.
Alceste a besoin de clarté, de transparence, on pourrait même dire d’omnis- cience de l’autre ; la limite que représente la conscience de l’autre, l’impossi- bilité
d’y pénétrer, lui est insupportable. Pourtant, il s’empêche lui-même de rencontrer, car il n’accepte pas de quitter le champ des certitudes, pour faire place à une sensation
beaucoup plus floue, peut-être beaucoup plus risquée aussi : la confiance en l’autre. Mais il ne s’agit pas de faire tenir à Molière un discours christique. Ce qu’il nous
montre, avec une lucidité féroce, c’est que la cruauté ambiante em- pêche toute forme de confiance et donne l’impression que les personnages se meuvent dans une jungle
inquiétante, qui exige des stratégies de survie (camouflage, flatterie, cruauté...). Mais si Molière décide de raconter un univers violent et impitoyable, il dé- cide, dans le
même temps, d’en faire une comédie. L’humour comme conso- lation. Une consolation que je veux traquer dans notre travail sur Le Mi- santhrope, pour faire apparaître quelques
petits miracles : l’attachement de Philinte à Alceste, que je trouve bouleversant ; certains échanges entre Alceste et Célimène, auxquels je crois ; la
rencontre d’Eliante et de Philinte.
Dimitri Klockenbring
Production : Théâtre de l'Homme
Visuel du spectacle