Directeur d’école, psychothérapeute, Henry Bauchau, né en 1913, publie ses premiers poèmes à 45 ans.
Ariane Mnouchkine met en scène sa première pièce Gengis Khan quelques années plus tard, tandis que La déchirure, son premier roman, est édité. Il a alors 53
ans.
Dans les années quatre vingt-dix paraissent deux romans méditatifs que lui inspirent le cycle thébain et la tragédie des Labdacides. Inspirés de l’oeuvre originelle de Sophocle,
Oedipe sur la route (1990) puis Antigone (1997), consacrent le succès de l’écrivain. Parricide, incestueux, roi de Thèbes, père des jumeaux belliqueux Étéocle et
Polynice, d’Ismène et d’Antigone, Oedipe devient chez Bauchau un mendiant dépouillé, errant aveugle sur la route de Colone. D’Antigone, le poète dira: «C’est l’une des grandes
rencontres de ma vie ; je l’ai intériorisée, je l’ai connue, son esprit de résistance est entré en moi.»
Après Duo dodu et Curieuses ?, Katy Deville, metteuse en scène à la tête de la compagnie Théâtre de Cuisine, s’empare essentiellement du Journal d’Antigone, carnet de route qu’Henry Bauchau a rédigé pendant la préparation de son roman. Hors des cadres strictement définis du théâtre ou de la danse, Katy Deville et la chorégraphe Joëlle Driguez entraînent quatre acteurs et danseurs dans un cercle de sable d’abord blanc, puis rouge. Tous y posent en mouvements les questions cruciales que soulèvent Antigone et les siens, quant aux lois humaines et aux lois prétendues divines, quant à la fratrie, à l’intime voix de la raison lorsqu’elle s’oppose à la foi collective de la cité, quant aux forces de la révolte.
Pierre Notte
Ce n’est pas une pièce de théâtre. Ce n’est pas une adaptation d’un roman.C’est un projet inspiré du Journal d’Antigone, qu’Henry Bauchau écrit pendant la naissance de
son roman Antigone.
C’est une pièce chorégraphique qui met en mouvement la distance entre l’écrivain (son journal) et ses romans : OEdipe sur la route et Antigone.
Comment entrer en résonances avec ses écrits ?
L’écriture d’Henry Bauchau suscite en moi un désir immense, désir de transmettre, désir de dire oui à celle qui non : Antigone.
Etais-je, suis-je, serais-je Antigone ?
Il y a un va-et-vient incessant entre ce que je suis dans mes actes et l’adolescente que j’étais. Antigone nous tend le miroir de l’adolescence sans complaisance, mais avec
générosité.
Entre le mythe de Sophocle et le roman d’Henry Bauchau aujourd’hui, la présence de cette jeune fille nous invite toujours à nous interroger...
Quel sens à notre vie ?
Sommes-nous là pour construire une cité ? Y vivre ? La détruire ?
Sommes-nous là pour vaincre ou vénérer un Dieu ?
Sommes-nous là pour haïr, pour aimer ?
Chacun, à sa manière, nous raconte la vie.
Dans ce récit, de l’endroit où il se trouve, de ce qui le compose, chaque être, tient sa place (son rôle ?) comme il peut, parfois avec toute la générosité dont il est
capable, parfois avec la colère qu’il ne peut retenir. Antigone est la plus radicale ; elle va jusqu’au bout de ses choix, et c’est cette intégrité qui la rend
passionnante, si présente aujourd’hui.Comme un cycle de la vie, comme un retour à l’espérance, Antigone est toujours là. Elle nous transmet une connaissance du monde, une approche
de nous-même.
L’Antigone d’Henry Bauchau crée son propre rituel au fil de son voyage ; elle est un corps avant tout, qui se laisse traverser par les événements, son corps accepte ce
qui lui arrive avant de pouvoir le nommer. Elle crée sa propre danse. Antigone danse.
Les mots d’Henry Bauchau vont au-delà de leurs apparences et c’est cetau-delà que je vais tenter de rendre visible sur visible.
Katy Deville
De 1989 à 1997, le personnage d'Antigone n'a cessé de m'habiter et d'orienter mes pensées et mon travail. Ce n'est cependant qu'au cours de l'été 1992 que j'ai senti qu'il fallait
que je tente d'écrire ce livre.
Pourquoi cette décision si tardive ? Je pensais avant cela que j'avais dit tout ce que je pouvais dire sur Antigone dans mon roman précédent. je ne me suis aperçu que
lentement qu'Antigone avait continuer à évoluer en moi, depuis l'achèvement d'Oedipe sur la route, et je je devais me risquer avec elle dans une aventure toute nouvelle.
Oedipe sur la route se situait entre deux pièces de Sophocle, Oedipe Roi et Oedipe à Colone, alors qu'Antigone se situe sur le terrain même de la tragédie de Sophocle. Deux ans et demi d'attente et de tâtonnements m'ont été nécessaires pour surmonter cette diffuculté, en me disant que les moyens du roman n'étaient pas ceux de la tragédie et que je pouvais, moi aussi, tenter d'évoquer non pas une Antigone nouvelle mais une Antigone originelle.
La route est essentielle à l’initiation. J’ai marché ce roman autant que je l’ai écrit. La route n’est pas un lieu, elle est une façon de vivre. Elle ne vient pas de quelque part, elle ne va nulle part. C’est l’événement qui donne un sens. C’est pourquoi OEdipe est encore et toujours sur la route, comme Antigone m’a appris à le voir.
Henry Bauchau
ELLE
Antigone, une jeune fille debout
Derrière elle, les portes de Thèbes fermées sur son enfance.
devant elle, la route
Avec elle Oedipe, son père, son frère
LUI
Oedipe, Roi déchu, plongé dans les ténèbres, exilé
Aveugle de ses yeux et de ses actes
L'HOMME
Clios, le bandit des chemins, celui qui sait comment sont les Femmes, sauvé par Oedipe et Antigone
Trois corps en mouvement, en apprentissage de l'amour, dans une danse vertigineuse pour un voyage à l'intérieur d'eux-mêmes.
Le monologue d'Ismène, la soeur.
Polynice et Etéocle, les frères jumeaux et leurs pulsions de mort.
Antigone au centre
Antigone dit non aux lois de la cité
Elle se meurt, emmurée dans la grotte.
Ici, apparaît la "lumière Antigone"
Ici, Io, jeune femme de Clios, représente Antigone dans l'Amphithéâtre
Ici naît le théâtre, une Antigone vers l'infini