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Note d’intention

Il y a cinq ans mon père s'en allait…

J'étais debout devant lui, c'est alors que les questions ont commencé à pleuvoir : que faire maintenant ?!! A qui vais-je raconter ma vie !!! Pourquoi vais-je la vivre, s'il n'est plus là pour la partager…

A ce moment précis, j'ai pris conscience de ce père unique en son genre que j'ai eu la chance d'avoir. Quand j'étais petite, je croyais que tous les autres pères étaient pareils...
Il a été toujours là, m'évitant de faire tout toute seule, face à la réalité avec lui à proximité, on en rigolait...

J'avais déjà une idée sur la réalité de la région du monde moitié syrienne... moitié libanaise... "De quelle des moitié, tu parles ?" répondait-il. Parce que pour lui, il n'y a pas de moitié qui tienne, Il y a que l'Être !

Ce n’est pas le cas de tout le monde. Et puis avec toutes ces religions, il disait : « La religion, c'est pour la masse ; on est son propre dieu !" ». Avec tous les conflits, il était contre tout. Contre tout les conflits. Toutes les guerres, il faut les maudire. Avec la guerre civile, Il faut surtout continuer à vivre!

« Look at the bright side » « La guerre fait tomber les masques » « Regarde les gens comme tu vas plus jamais avoir la chance de les voir ! » Entendre cela, avec toute la haine alentour... Ce n'était pas facile... Il était là pour m'assurer qu'un jour on finirait par gagner !

Mais voilà, il n'est plus là pour me protéger de cette réalité. Le jour de l'enterrement, j'avais envie de leur hurler : « Sortez, laissez moi seule avec lui, j'ai tant de choses à lui dire... Mais si, d'aventure, vos oreilles venaient à en entendre quelque chose, ce ne serait pas si mal. Peutêtre, finirez-vous par comprendre quelque chose! »...
Je ne l’ai pas fait…

Grâce à ce père et à sa liberté, je suis devenue ce que je suis : comédienne. Ce n'est que depuis sa mort que j'ai commencé à écrire. De son vivant, j'en éprouvais un certain complexe... La seule fois où j'ai osé lui envoyer une lettre Il me l'a retournée, corrigée…

Ecrire et jouer me permet, d'une certaine façon, de vivre ce qui n'a pas été possible, à ce moment là ! C'est refaire la vie, quoi...

Revivre ce rapport père/fille tellement exceptionnel...
C'est aussi une sorte de lettre ouverte à ce père !...
Histoire de croire que les choses pourraient bien changer, un jour...

En parlant, en se dévoilant devant une glace sans tain : LA SCENE !…

Darina Al Joundi