Dans Le Groenland, l’écriture de Pauline Sales éprouve l’intimité d’une existence, elle l’achemine et la découpe en de courtes révélations. Il s’agit moins d’une
errance à mon sens qu’un véritable questionnement de l’instant : C’est un langage qui ne se répand pas, il affronte, il est essentiel, il dit ce qu’il vit.
Dans cette perspective de la révélation, de l’aveu, une certaine cruauté émerge, dans l’urgence de la situation peut-être, mais surtout parce-que le verbe appréhende les
inquiétudes, les angoisses et l’expérience d’une femme qui s’interroge sur cette nature première et sur sa condition de mère. Au travers de ce monologue, le lien entre la femme
et la mère confronte l’inexistence de l’une face à l’autre, ou parfois l’existence de l’une sans l’autre, et pourtant l’une transmet à l’autre et vice versa. Entre héritage et
contamination.
J’aime l’ouverture d’interprétation, pour le lecteur-spectateur, que propose cet écrit. Il suggère une multitude de « pourquoi partir», il envisage l’humain dans ses
failles les plus profondes, il n’est pas question d’héroïsme (ou d’anti-héroïsme), il n’y pas de notion d’exemplarité, il percute parce qu’il ne se ment pas.