Ainsi vous pourrez admirer, mesdames et messieurs, Le Corps furieux
Sur la scène traînera du médical ventral, une coloscopie avec écran couleur, ça fera rire tout le monde, je vous assure, pensez-y un peu, des attelles diverses, des corsets orthopédiques, trente mannequins qu'on noie, qu'on engueule, qu'on coïte, qu'on déplace à la fourche, qu'on enterre, ça fera penser à des choses qui font peur à tout le monde. Charnier, mais dont on ressuscite parce que, merde, on emmerde la mort. Nos artistes ne se contentent pas de la manutention de ce tas de cadavres. En sus ils se traînent une bombonne d'oxygène pour leurs poumons assoiffés d'air, ils se fourrent dans des caisses trop petites pour eux, s'écartèlent en grand écart, poussent les chansonnettes, mangent un vrai repas, jouent de la musique et aussi, parfois, dansent. On les allonge sur un billard d'hôpital, dans un cercueil, là où ils sont vaincus, dans un lit d'amour, là où ils se croient vainqueurs, alors qu'ils ne sont que furieux.
Vous devrez affronter une Méduse de mythologie, une contorsionniste nue à croquer, des musiciens, des chanteurs, un danseur et demi, un repas genre cannibalisme, mais pas pour de bon, des accouchements divers, dont l'un d'un python gros comme ma cuisse, une vieille dame qui fait les pointes, accrochée aux bras d'une enfant qui les fait aussi, et ça doit faire pleurer. Et bien d'autres choses plus extraordinaires encore, qu'on ne peut pas les raconter. Entrez, entrez, il faut payer pour voir.
Et tout ça s'ébattra pour une seule raison qui est sans raison, comme nous nous débattons sans raison le long de notre vie pour finir par finir, en ayant simplement remarqué que l'homme est cruel à l'homme, que le corps est cruel à l'âme, l'âme au corps, remarqué que nos corps commandent le monde, puisqu'ils commandent l'homme, ses débuts parturients et sanguinolents, et ses fins pleines de vers de terre. Et que, malgré tout, très étrangement, nous nous aimons.
Jean-Michel Rabeux
novembre 2007