Un compositeur d’origine arménienne s’apprête à donner en récital sa « Suite Odysseus » pour piano. Seul face à son oeuvre et aux rituels qui l’accompagnent, il croit pouvoir
ainsi échapper aux fantômes qui le possèdent et le plongent constamment dans son passé.
Comme si son piano avait le pouvoir de l’arrimer au présent, il joue. Mais l’épopée d’Homère, inspiratrice de sa « Suite », entre si bien en résonance avec les spectres qui
le hantent, que loin de l’en soustraire, elle les rappelle inexorablement, faisant naître une galerie de personnages pittoresques, loufoques ou inquiétants, qui le traversent, le
bousculent ... et l’éclairent. Une chose est certaine :
Pour être en paix avec le passé,
il faut se jouer de lui en riant.
Un Personnage mi-gai, mi-triste, dans la lune et à demi fou …
Il répète son concert mais finit par nous raconter des histoires, nous les jouer, même …
Et quand il ne sait plus comment les dire, il se remet au piano et interprète à nouveau ses compositions, aussi abracadabrantes que ses histoires …
Et peu à peu, il se met à s’emmêler les pédales, habité qu’il est par de multiples personnages qui parlent entre eux, à travers eux …
S’adresse-t-il à nous, à lui-même, à ses fantômes ou à tout ça à la fois ? Un texte baroque, emporté, fragmenté et accidenté où les langues se mêlent pour exprimer
l’inexprimable.
Une musique classico-loufoque, échevelée, génératrice d’images et de personnages.
Et quand ceux-ci ne peuvent plus dire avec des mots, à nouveau, la musique prend le relais, dans un va-et-vient constant entre ces deux langages.
Un espace entre intérieur et extérieur, empli d’images picturales, venant de loin et arrivant tout près.
Du réel à l’imaginaire, une note suffit.
Un concert à dormir debout.
Entre voyage immobile et tourbillon intérieur, entre retour d’Ulysse, exil et caravanes de déportés. Une confusion mentale pour y voir plus clair. Une farce faite à soi-même, pour
mieux être avec les autres. Un aller-retour où les notes s’enchaînent, où les mots s’égrènent, où le mouvement s’accélère pour finalement chanter l’enfance perdue … et l’espoir
retrouvé.
Serge Avedikian