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La mise en jeu

Le narrateur de ce récit d’apprentissage est désormais un vieil homme qui garde la nostalgie de son grand « ami d’enfance », le peintre Max qui avait séjourné plus d’un an dans la maison familiale, il y a bien longtemps.

Sur le petit théâtre de sa mémoire, le vieil homme est rattrapé par les souvenirs qui « tombent » des cintres : À partir d’un chant à peine audible, il retrouve l’air que chantait Max devant son chevalet. Une toile jaunie et poussiéreuse, se décrochant des hauteurs, lui rappelle le déménagement de Max ou les étendues de plage parcourues par cet ami du vent et des voyages que l’enfant aurait tant voulu retenir près de lui, mais qui n’était que de passage.

Depuis ce jour du départ, de l’abandon, l’enfant croit vivre sur une île déserte et le vieil homme se retrouve, lui aussi, sur une scène abandonnée.

Mais il ne cesse de revenir sur une merveilleuse surprise, le surgissement en lui des images dont le peintre lui avait laissé la garde dans l’atelier, pendant son voyage. Maintenant ces mêmes images gardent le vieil homme et lui rendent son enfance.

Un écran éblouissant de blancheur remplace la vieille voile rapiécée des souvenirs. Dans la douce luminosité des couleurs en demi-teinte se révèlent lentement les paysages des contes qui ne se sont jamais écrits mais rêvés, de vastes pays ouverts aux errances d’un enfant ne vieillissant jamais.

Derrière l’écran, la silhouette grise du vieux narrateur laisse l’enfant partir dans les lointains et le suit secrètement à la recherche de l’ami perdu. Le violon accompagne le langage muet de la peinture, durant ce voyage immobile durant treize tableaux. Au quatorzième et dernier moment, sur le quai d’embarquement face à la mer, le vieil homme arrive enfin à rejoindre l’enfant, debout, son violon à la main, sur le fauteuil rouge de l’atelier du peintre. Ensemble, ils jouent l’air que chantait Max devant son chevalet, ils jouent à la folie la musique de la peinture !

« L’art est l’enfance retrouvée à volonté. » (Baudelaire)

Jacques Nichet