Le narrateur évoque les heures où, petit garçon, il monte rejoindre le locataire du dernier étage de la maison familiale. C’est un peintre qui accueille facilement l’enfant dans le silence de son atelier. Il ne se dérange pas pour lui, il continue à peindre, en prenant bien soin de ne pas lui montrer ses tableaux. Parfois, il demande à son petit visiteur de lui jouer sa leçon de violon et il chante pour l’accompagner. Le gamin se sent heureux dans la chaleur de cette pièce où il peut faire ses devoirs, feuilleter des livres d’images, rêver en apercevant la mer au loin. Un beau matin, le peintre, avant de partir en voyage pour quelques semaines, lui laisse les clés de son atelier. Quand l’enfant pénètre dans les lieux, il se retrouve face à l’exposition de tous les tableaux qui ont été réalisés en sa présence mais qu’il n’a jamais vus.
Le récit laisse place à une succession d’images qui n’illustrent aucun texte mais qui parlent par elles-mêmes. Ce qui apparaît chaque fois est à la fois familier et étrange, car l’imagination du peintre, en surgissant à travers un détail, donne de l’étrangeté aux choses les plus familières. On voit apparaître un monde tout neuf suspendu à l’instant de son apparition. « Un monde où tout est possible parce que rien n’est encore accompli. »
Notre vieux monde se rajeunit par la magie d’un instant : une roulotte foraine vole dans la nuit ; sous la neige au Canada passent furtivement des éléphants ; sur un lac une barque emporte un roi couronné, une fillette et un lion ; au sommet d’un phare perdu dans le brouillard, jouent deux musiciens à côté d’un cheval qui regarde ailleurs… et ainsi de suite ! Tous ces moments inattendus évoquent un conte qui se passe de mots. C’est le début d’un rêve que chacun peut prolonger en poussant la porte de sa propre imagination.