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La mise en scène

La mise en scène a choisi de tirer le fil de la pièce à travers La Métamorphose, dont le texte vient rythmer « musicalement » chaque scène de ce ballet fiction/réalité. On a une succession de tableaux courts traversés comme par les fulgurances du texte originel. Ces images arrêtées sont soulignées par uneesthétique sépia qui rappelle les photos jaunies par le temps, le pourrissement progressif du végétal et l'intrusion lente de la vermine...

Tous les costumes sont très légèrement déformants : pantalon tirebouchonné du Père qui n’est pas sans faire penser à un ver annelé ; jupes boursouflées de la Fille ; angles cassés de la Mère en sauterelle géante. L’animalité de chaque personnage et sa « disproportion » sont habilement mises en valeur par ces costumes couleur terre, composés par Anne Bothuon, avec qui je poursuis – depuis Têtes rondes et Têtes pointues de Brecht une étroite collaboration.
Les masques de Nicole Princet, servent simplement à prolonger l’insidieuse et lente déformation des personnages et à théâtraliser le Père, La Mère, La Fille et la Fiancée lorsque la famille se transforme en acteurs du théâtre yiddish. Très maquillés comme le veut le clin d’oeil à un théâtre très expressionniste, peint par Chagall, les masques sont les signes de cette « mise en scène » de la vie de Kafka sur un plateau de théâtre.

J’ai choisi de faire jouer les personnages dans un même lieu qui se transforme à vue : une grande table tournante qui peut être à la fois un tréteau (parallèle au public) ; une table familiale (la partie basse de la table face public) ; une colline pour les rendez vous amoureux de Franz (le haut de la table face public). Jean-Pierre Benzekri, s’est inspiré d’un dessin de Kafka : une table bancale, branlante, sous, sur et autour de laquelle on peut jouer, qui pourrait être un insecte à grosses pattes.

Le travail avec les acteurs est d’autant plus passionnant que nous devons travailler en funambules, sur une ligne grotesque où le rire et le pathos sont liés, où l’émotion naît du ridicule, où sous la caricature pointe l’humanité vacillante, où le jeu des acteurs du théâtre yiddish différent du jeu plus naturaliste de la famille n’est pas un sur-jeu mais un agrandissement authentique et sincère d’un jeu réaliste….

Les différentes familles d’acteur qui se croisent sur le plateau apportent à la cellule familiale de Franz le cachet d’un « solo » ou d’une performance de chacun dans la solidarité d’un jeu collectif et ludique de transformation.

Isabelle Starkier