Spectacles
Le Baiser de la
Veuve
Anecdotes à propos du Baiser de la Veuve...
Lorsque j'étais un jeune garçon, je travaillais les samedis chez Max, le frère aîné de mon père. Mon oncle Max avait une déchetterie à Stoneham, Massachusetts, à quelques
kilomètres de ma ville natale, Wakefield. La fonction principale de l'entreprise de mon oncle était de faire des ballots de vieux livres, des ballots de vieux et nouveaux
(non-lus) journaux, des ballots de vieux magazines. Mon oncle vendait ses ballots à mon père qui, à son tour, les transportait en camion et les vendait à des fabriques de
papier, où le vieux papier était recyclé en papier neuf. L'une de mes tâches principales était d’arracher les couvertures et les reliures des vieux livres et de les préparer
pour la grande presse à papier. (…)
De temps en temps, la couverture d’un livre attirait mon attention alors j’arrêtais mon travail pour lire. C’est ainsi que j’ai fait connaissance avec la littérature anglaise.
Des années plus tard, lorsque j’étais adolescent, un de mes amis – un jeune homme raffiné de bonne famille – m’a désigné une jeune femme, et tout excité, il a laissé échapper
une histoire de viol collectif auquel il avait participé la nuit auparavant.
Je me suis retourné et j’ai regardé la jeune femme qui avait été l’objet de convoitise de mon ami. Et celui de ses amis. Ses yeux effrayés, vaincus, sont toujours gravés dans ma
mémoire.
Et quelque quinze ans plus tard, à travers la magie de l’écriture, j’ai redonné vie à cette jeune femme, pour qu’elle entre dans l’échoppe de mon oncle, et qu’elle rencontre deux de ses anciens amants indésirables. Le Baiser de la Veuve était né.
A mon grand étonnement, lorsque ma mère assiste à la première représentation du Baiser de la Veuve, dans mon propre théâtre du Massachusetts, elle m’a dit: « Je ne savais pas que tu étais au courant ! » « De quoi ? », lui ai-je demandé. Et elle m'a raconté une histoire de viol collectif qui avait eu lieu dans l'échoppe de mon oncle, vingt-cinq ans auparavant. Une jeune femme, qui travaillait dans une blanchisserie à côté de l'entreprise de mon oncle, s’est laissée attirer dans l’atelier où elle a ensuite été violée par plusieurs hommes. J’ai dû entendre ces hommes raconter cette sordide histoire lorsque j’étais enfant puis je l’ai enterrée au plus profond de mon subconscient. Ainsi, ma pièce Le Baiser de la Veuve est en partie vraie et en partie inventée. Mais elle est aussi cohérente, organisée et conclusive. Or, ces trois qualificatifs ne sont pas des qualités de la Vie, mais de l'Ecriture.
extrait d'un exposé d’Israël Horovitz, traduction Sara Nyikus