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Présentation

Lambeaux est un récit autobiographique dans lequel Charles Juliet évoque sa mère qu’il n’ a pas connue - morte de faim après huit ans d’internement abusif en hôpital psychiatrique - et le rôle que, malgré cette absence, ou à cause de cette absence, elle a joué dans sa vie d’homme et dans sa formation d’écrivain.

Dans un second temps, il nous relate son parcours : la famille adoptive, l’enfance paysanne, l’école d’enfants de troupe, puis les premières tentatives d’écriture, lesquelles vont progressivement déboucher sur une toute autre aventure : celle de la quête de soi. Une descente aux enfers sera le prix à payer pour qu’un jour puisse éclore la joie grave et libératrice de la seconde naissance.

Dans cette démarche obstinée il trouve la force de se mesurer à sa mémoire pour en arracher les moments les plus enfouis, les plus secrets, et les plus vifs. L’auteur devient son propre historien et nous livre un texte “pour finir encore”.

Anne de Boissy et Sylvie Mongin-Algan ont réalisé pour la scène un montage de l’histoire de la première mère.


Jouer Lambeaux pour prêter mon jeu à ce “tu’, cette mère jamais connue de son fils, cette femme qui s’est vue sa vie volée, avec les mots de Charles Juliet, faire écho au murmure intérieur de cette femme qui ne s’arrête jamais, hantée à l’idée de “mourir sans avoir vécu”, creuser des silences, pour que résonnent les questions qui rythment inlassablement cette vie.
Prêter mon corps à celle qui a soif de vivre et soif d’apprendre apprendre dans l’unique but de savoir parler, à celle qui rêve de simplement de marcher, marcher, aller toujours plus loin sans jamais s’arrêter.

Anne de Boissy


La voix fissure le silence, le visage irradie les ténèbres. Par la force du tutoiement, par la force du présent - ce temps éternel du théâtre – l’actrice peu à peu se glisse dans Celle qu’elle évoque, elle s’incorpore à Celle qu’elle invoque, elle est la voix narrative et la voix intérieure. Seule et double. Fragmentée par la lumière et démultipliée par les ombres. Tension aiguë d’une syrinx et répétition harassante des cuivres. La vivante devient celle qui fut. Dite. Récréée. Ressuscitée, le temps du spectacle, avant de retrouver les ténèbres, le silence, l’éternelle nuit des morts.

Sylvie Mongin-algan