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Propos du metteur en scène

A la suite de mai 68 Armand Gatti écrit Le Petit Manuel de Guérilla Urbaine un ensemble de quatre mini-pièces :

- Les Hauts Plateaux ou Cinq Leçons à la recherche du Vietnam pour une lycéenne de Mai
- La Machine excavatrice pour entrer dans le plan de défrichement de la colonne d’invasion Che Guevara
- Ne pas perdre de temps sur un titre. Que mettre à la place ? Une rose blanche
- La journée d'une infirmière ou Pourquoi les animaux domestiques

La journée d’une infirmière est née de discussions avec des infirmières en grève. Louise est une jeune femme qui a deux enfants, un mari, un travail à l'hôpital, du travail à la maison. Alors pourquoi : "les animaux domestiques" ?
L'animal domestique est gentil, docile. Il est propre et discipliné.
Rêve-t-il ? Non ! Il a une vie de rêve ! Or, son existence peut sembler insignifiante. Il est castré, soumis, il n'est pas politisé !
La pièce met en scène un conflit (au delà de la grève) : une confrontation entre un "ici" - la réalité d'une journée décrite par l'infirmière - et un "là-bas" - fait de rêves et de souvenirs. Cette pièce ne renvoie pas les infirmières à un quelconque combat mais à quelque chose de plus décisif : le combat contre le temps. C'est une invitation à prendre en main son destin et que s'il y a révolution c'est en soi dans la vie quotidienne. (au sens où l’entendait Guy Debord). Ce texte est un témoignage d’une réalité de 1968, celle des femmes et de l’élan féministe, celle d’une conscience d’une époque éclairée par l’espoir de transformations.

Alors devant cette narration de la quotidienneté d’une femme résignée, comment transcender dramaturgiquement l’effet miroir ? Comment rendre la virulente banalité, comment traduire le poids du temps qui s’impose comme force inéluctable et aliénante, comment dire la fragilité ?
Comment faire écho de tout ce qui est accablant à travers le signe, dans le rythme, l’univers sonore et le jeu ? C’est une course folle qui bat inexorablement le temps du “dedans dehors”, “intérieur extérieur”... systole et diastoles du mouvement vrai de la vie où l’on entend le peu d’héroïsme d’une Louise laborieuse, docile et résignée aspirant aux petits bonheurs hédonistes. Fragilité des équilibres du funambule.

Ils sont trois sur scène : une comédienne et deux musiciens, trois à s’interpeller et à dire ce qui a si peu d’intérêt... Trois à habiter un espace circassien qui mêne vers le “Pourquoi les animaux domestiques”...

Pas de révolution en vue. Pas de lendemain qui chante. Le terrain immédiat de l'intervention, c'est la conscience de chacun.
Une invitation “à être créateur, à être Dieu”, toute une utopie, tout un combat aussi. Utopie et combat : l’enjeu du théâtre quand il garde son exigence poétique.

Moha Melhaa