Faux rêveur au regard acéré, à l’oreille résolument musicienne, Jacques Rebotier note la mélodie insolite des conversations banales, la manière, parfois incertaine, dont la
mémoire redresse les paroles que la paresse déforme, les glissements, les résistances, les gags de l’inconscient. Et il écrit. Il élague, ne regardant, dit-il, que l’entourage des
mots. « Pour la musique, pareil. Enlever les notes, enlever les sons, écouter ce qui reste». Ce qui reste, c’est un monde de Haute Fantaisie comme on dit de Haute
Couture.
C’est « La vie est Courbe », « monologue tranché ». L’inattendu est convoqué.
« Il serait bon que le public parfois se demande, suis-je sûr d’avoir bien entendu ? » suggère Jacques Rebotier.
« La vie est courbe » a été éditée en 2001 aux éditions Les solitaires Intempestifs.Il existe 2 versions : un solo, qui n’a encore jamais été mis en scène, et un duo, monté par Jacques Rebotier lui-même en 1994.
C’est l’histoire d’un homme qui parle de sa profonde indifférence au monde et à lui-même, comme une espèce de jouissance qu’on peut avoir à se confondre avec l’inexistence, le
vide et le rien.
J. Rebotier en dit : « Ce discours peut être vu comme un essai de transcription du film intérieur de la pensée ; quelque chose de l’ordre de la pensée qui
pense toute seule, quand on a le dos tourné (…) ».
« C’est un monologue polyphonique ».
« La vie est courbe » brise les cadres entre théâtre, poésie et musique, elle invite ainsi à réfléchir autour d’une nouvelle écriture scénique où les caractéristiques habituelles de la représentation sont revisitées.
La nature polyphonique de « La vie est courbe » propose une réflexion et un travail autour du sonore qui devient l’élément fort du parti pris de mise en scène et qui
inscrit la représentation avant tout dans un acte poétique.
Le monologue devient un duo.
Traitement sonore en temps réel de la voix du comédien et création sonore
Par le biais de l’outil informatique, le créateur sonore, imprime à la voix du personnage des modifications subtiles ou franches, il la travestit, la modifie, la démultiplie, la
confronte à elle-même en un dialogue intérieur authentique.
Le traitement sonore appliqué à la voix met en évidence des divers espaces-temps du cheminement de la pensée. Il révèle les glissements de cette pensée et exprime les facettes
multiples et parfois même contradictoires de l’individu en proie à ses diverses couches de conscience.
Le personnage parle, tout bascule, les mots glissent, se retournent sur eux même, « et à force de se retourner sur eux même, ils disent le contraire de ce qu’ils veulent dire
». Paroles et pensées s’interpénètrent.
Le rapport au langage ainsi envisagé fait basculer ponctuellement le texte vers un autre mode d’expression qu’est la poésie sonore : Aller effleurer la chair du langage, libérer cet espace qui s’étend entre la voix et les mots et redonner à la parole sa nature évocatoire.
« Je voulais faire fonctionner le langage dʼune autre manière, surprendre ses secrets en lʼutilisant comme matériau à faire passer à travers lʼélectronique dont on disposait pour amplifier les voix de la poésie ». Brion Gysin
Le traitement de la voix, de même que l’écriture fragmentaire qu’utilise J. Rebotier vient faire se croiser les différents temps de l’existence du personnage à la mémoire elle aussi fragmentée, fait imploser le passé dans le présent et laisse un « … » en guise d’après.
Verticalité Errance
Un espace relativement dépouillé vient s’opposer à la complexité et à la diversité de ce qui est dit.
Un plateau presque vide évoquant à la fois un sentiment de solitude et d’absence mais où tout reste à faire, où tout est en devenir.
Mise en lumière de la promenade introspective du personnage
La lumière ici inscrit le corps dans l’espace. Elle le dessine, le sculpte pour révéler les états intérieurs de la pensée.
Elle vient accompagner ce sentiment de solitude, et en même temps, fait éclater les micros espaces.