Au bord du vide avec le sourire, s'agitant pour quelques vagues occupations qui ne les occupent plus vraiment, il y a dans les personnages de Pellier une filiation avec Beckett
qui donne à La Vie de marchandise une dimension tout à fait remarquable. Aérienne et profonde, intemporelle même si elle puise dans le quotidien.
Gilles Granouillet
Comité de lecture Saint-Etienne
Les mots et les maux
Lorsque pour la première fois, on a, entre les mains, un texte contemporain, la découverte des premières lignes est particulièrement importante. Le style de l'écriture et le
contenu du propos vont faire de vous, soit un lecteur captivé, donc actif, soit un lecteur distrait, donc passif. "Moi et ma femme on se tue dans deux semaines" sont les premiers
mots de La Vie de marchandise. Cette attaque, à la fois franche et dénuée de précautions psychologiques envers le lecteur-spectacteur, donne
immédiatement le ton de ce texte rare où le fond et la forme, si souvent opposés, se rejoignent ici heureusement afin de nous donner à vivre humour, émotion et gravité. "La fin de
partie" de ce couple qui, malgré les ingrédients d'une vie banale pleine d'habitudes pesantes et de silences bavards, va, par un "accident de parcours" retrouver "la lumière".
Lumière longtemps dissimulée par les ombres de leur quotidien sans relief "comme une douleur intérieure qui aurait la forme de la joie".
Samuel Beckett n'est pas si loin.
Louis Bonnet
le metteur en scène
Ils vivent hors du temps, lui, elle, le caniche. Ils veulent parler, ils n'ont personne à qui parler. Ils n'ont pas de passé, juste des photographies où on les voit toujours
debout et de face. Ils sentent le plastique, le nylon, l'acrylique. Ils mangent des aliments congelés. Ils ne pensent presque pas. Ils pensent à eux le plus souvent. Ils cherchent
à se souvenir : quand les choses sont-elles arrivées ou à quel moment ont-elles changé ? Comment la vie a-t-elle passé si vite ?
Ils n'ont pas d'avenir. Ils projettent de mourir ensemble pour ne pas être séparés.
William Pellier