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Présentation

Il écrit. Féroce et impitoyable, un homme écrit son journal. Le journal d’un homme retiré du monde. Le journal d’un être qui prépare une révolution sanguinaire. Parce que pour lui rien n’a plus de sens et que les Idées ont quitté la vie des Hommes. Il écrit. Parce qu’un grand dégoût de sa condition d’homme social, consommateurconsommable, le pousse à chercher un chemin capable de changer totalement la face du monde.
Il écrit. Inquiet et obsédé par cette quête, cet homme seul écrit dans sa chronologie l’avènement de ce monde nouveau qui s’inscrit à même la peau de ses phantasmes… Dates après dates nous cheminerons côte à côte, nous visiterons ses errements et les fantômes trop charnels qui le hantent, dates après dates, nous serons témoins de la guerre brutale qu’il veut mener contre ses congénères, nous partagerons son récit de l’horrible et du clownesque qui jalonne sa destinée.

« La Terreur », sous une forme inhabituelle – celle d’un journal intime – est une question formelle posée à l’art dramatique, à sa temporalité, mais plus loin, ce texte est une tentative de toucher aux blessures d’une société judéo-chrétienne en panne d’idéologie et de sens.
Entre oralité et littérature, naît une micro-mythologie, celle d’un homme de l’ici et maintenant qui tente la profanation de son corps et de son âme, comme seul remède, une ultime transfiguration, au néant que lui inspire le spectacle de nos défaites.


Mercredi sept décembre deux mille cinq Les répétitions ont débuté. J’ai jeté un oeil entre les deux battants de la porte de la grande salle du théâtre, et même plus parce qu’affinités. Donc, j’ai fini par m’asseoir parmi eux. Un plateau vide. Une scène dégagée comme une gueule ouverte à tous les possibles. Les acteurs qui font quelques pas. Les premiers. Des pas remplis de vide, donc. Des pas légers et timides. J’ai regardé, j’ai entendu mon texte qui tentait la traversée d’un corps. J’ai vu que tout allait sa bonne figure. L’acteur comme un aveugle plein de sagesse, la metteur en scène comme une extralucide pleine de philosophie. Mais personne ne sait encore ce qui se donnera à voir. Les éléments commencent à peine à s’ajuster. Je quitte le théâtre l’esprit ouvert et apaisé… les choses iront où elles doivent aller. Le texte résonne dans la salle vide échappé de la chair de l’acteur, des mots encore bruts, encore ivres de leur mise à jour, de leur arrivée dans notre espace et notre temps.
Je me rends compte comme ces mots sont durs, extrêmes, dérangeants… mais plus que tout je n’échappe pas, dans ce texte également, à mettre en abîme un long cri d’amour.

Alain Cofino Gomez