Fascinée depuis que je suis enfant par l’érotisme, puis par la pornographie, j’ai décidé de me plonger dans ce sujet une bonne fois pour toutes.
J’ai eu envie de défendre, de servir mon corps et ma tête, directement, sur un plateau.
Je suis remontée aux origines de cette fascination.
Pourquoi et comment, enfant déjà, j’étais attirée par les univers érotiques, dévoilés par bribes dans les cabarets, cirques, films que m’emmenaient voir mes parents, mais qui me
demeuraient profondément interdits, dissimulés derrière les devantures des sex-shops et des cinémas pornographiques où je n’avais pas le droit d’entrer parce que « ce
n’est pas pour les enfants ».
Pourquoi et comment j’avais envie d’être la funambule pailletée, la danseuse nue, la strip-teaseuse de cinéma, la fille à poil des magasines, et dans le même temps, comment j’ai
vite compris que c’était inassumable face à ma famille si pudique, si protectrice.
Pourquoi et comment, j’ai compris de surcroît que la société considérait ça « mal » d’en avoir envie.
Pourquoi et comment en grandissant, je suis devenue comédienne, une autre manière d’être le centre d’attention, d’être regardée, d’évoluer costumée et maquillée sous la chaleur
des projecteurs, mais d’une manière « convenable ».
Je me suis interrogée sur le rapport que, devenue adulte, j’entretiens à l’érotisme et à la pornographie, rapport fait d’attirance et de répulsion, les limites entre les deux
n’étant pas si claires. Nécessairement, je me suis interrogée aussi sur la place qu’occupent l’érotisme et la pornographie dans le monde. La manière dont les gens la voient, la
vivent. Sur l’impact de l’érotisme et de la pornographie dans la sexualité d’aujourd’hui.
Sur la frontière si fine entre un érotisme joyeux, une pornographie excitante qui rend plus vivant et célèbre le plaisir, et un érotisme, une pornographie de plus en plus
violente, accessible à tous y compris à ceux qui n’ont pas encore de sexualité, qui nous éloigne de notre corps et de notre désir.
Est né un solo, en trois temps, trois chambres, trois couleurs : La sortie se trouve à l’intérieur.
La sortie se trouve à l’intérieur ne raconte pas à proprement parler une histoire. Je conçois ce spectacle comme une sorte de voyage à travers des univers qui
constituent chacun une facette de l’érotisme et de la pornographie tels que je le vis.
La sortie se trouve à l’intérieur évolue comme un goulot d’étranglement, confronte des sensations, des perceptions différentes :
Chambre blanche. Dans un rapport direct et léger au public, je parle de la naissance de l’érotisme chez moi enfant, ainsi que de son évolution dans ma vie adulte. Je parle de
mes contradictions.
Chambre rouge. J’y explore le premier degré de l’érotisme, dans une forme interactive qui met en jeu le public, qui joue sur l’excitation sexuelle et l’interrogation de cette
excitation, sur le voyeurisme et le peep-show. C’est aussi un hommage à ce qui m’attire dans l’érotisme et dans la pornographie.
Chambre verte. Plus de mots, juste la musique assourdissante. J’y évoque la part plus sombre de l’érotisme et de la pornographie, crudité, violence, laideur, éloignement de soi.
De la confrontation de ces trois atmosphères naît un objet qui, de par les sensations contradictoires qu’il procure, amène, à réfléchir et à avancer...
Il faudra me suivre car la sortie se trouve à l’intérieur.
Laure Giappiconi