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Intention de travail

entre l’auteur et le metteur en scène

Dans « La pluie », le roman, une femme dans sa chambre lit, rature, corrige, écrit, relit son journal intime. Elle ressasse son passé et tente de l’organiser. Pendant ce temps, la pluie tombe. La végétation à l’extérieur se densifie et devient étrangement menaçante.
Dans « La pluie », l’adaptation, la scène sera le lieu de convocation de ce passé, le rappel des faits, des sensations et des figures familières. Il faudra que la parole traduise l’état intérieur de cette femme, sa confusion, son incompréhension face à la violence sociale, familiale, et masculine.
Sa parole devra être vitale, rythmée, brute, sèche, crue, à l’image du roman ; elle devra traduire aussi les méandres et l’enfermement de la pensée.

Il faudra traduire la douleur et son expression drue.
Il faudra traduire l’enfermement et l’isolement, la menace extérieur.
Il faudra traduire la peur de l'aliénation et la recherche d’une issue.
Il faudra traduire l’enchevêtrement, la collision des événements et des figures.
Il faudra traduire le caractère infini et ouvert de la mémoire, et le deuil difficile du passé.

Après ce travail, une cession réunira les deux comédiennes, l’auteur de l’adaptation et le metteur en scène. Cette période de recherche permettra de distribuer la parole de cette femme algérienne en deux partitions, chacune des partitions questionnant l’autre, comme un miroir. Les deux comédiennes seront présentes sur scène du début à la fin, chacune jouant autant de sensibilités et de visages inattendus de cette femme.

Les partitions achevées et définies, un travail chorégraphique engagera les corps des deux comédiennes. Ainsi la danse accompagnera la parole dans l’expérience du dire, du voir, et du ressenti. Elle exprimera un cri dont la fêlure se loge dans le corps de cette femme, et participera à révéler le rapport qu’elle entretient avec lui.

Sans véritable décor - chambre, fenêtre, végétation extérieure seront seulement suggérés- les comédiennes se déplaceront dans un enchevêtrement d'espaces sonores et sensoriels, aux parois invisibles et mouvantes.
Une surface d’eau sur laquelle évolueront les deux interprètes composera l’essentiel de la scénographie. L’eau, omniprésente dans le roman, sera la métaphore de ce désir d'effacement de la mémoire douloureuse.