Comme le plateau, le ring est un espace pauvre. Ancien.
On en retrouve des représentations dans l’antiquité grecque (le pancrace) comme dans le Japon féodal (le dohyo du sumo). Le ring est l’espace d’une représentation, d’une mise en
scène de l’affrontement. Il a évolué dans sa forme au fil des siècles et des cultures, mais il reste fondamentalement le même, à l’instar du plateau: un espace d’intense présent.
Assister à un combat, c’est être face à des forces primaires de vie et de mort, à la fois symboliques et réelles. C’est être face à une violence qui, en s’incarnant, agit comme exutoire de notre violence propre. C’est enfin la reproduction d’une scène archétype, ancestrale, dans laquelle deux êtres s’affrontent, selon des codes définis, sous le regard d’un public.
La beauté du combat ne s'arrête pas aux sublimes ballets d’assauts, d'esquives, d’enchaînements et de déplacements des corps. Elle prend toute sa dimension esthétique lorsque les
hommes tombent, et touche au sublime quand il s'agit des idoles.
J’ai, face à moi, des êtres vivants qui, dans la lumière, deviennent les métaphores de ma propre condition: de mes sommets et de mes naufrages.
J’entrevois aujourd’hui le plateau et le ring comme des espaces frères.
On ne monte pas sur scène ou entre quatre cordes impunément. On n’en sort pas indemne. Celui qui y pénètre est au pied du mur, seul, sous le regard des autres et en même temps
dans une possibilité de communion, de transcendance.
Tout comme le plateau, le ring est un endroit de surgissement de la violence; mais j’entends ce mot dans le sens où l’entend Jean Genet: « l’apparition sans compromis de la vie elle-même ».
Aujourd’hui, notre société tend vers une virtualité et une individualité croissantes.
Face à cela, le ring ou le plateau apparaissent comme des espaces en résistance, des espaces pauvres, d’incarnation brute, de présence immédiate. Des espaces collectifs où l’on
peut sentir les présences, les souffles, les tremblements inhérents à toute manifestation de vie.