Dürrenmatt avait un sens prodigieux de la fable. Dans La panne, il imagine un représentant que sa Studebaker laisse en rade, un soir dans un village de campagne. Suite
à un concours de circonstances, il est invité à loger dans la maison d’un retraité, où justement se réunissent quelques amis. En fait, chacun d’entre eux a autrefois exercé une
profession liée à la loi : juge, procureur, avocat et même… bourreau !
On propose alors au visiteur providentiel de jouer à un jeu : un procès fi ctif qui occuperait la soirée, par ailleurs arrosée de grands crûs et agrémentée de mets
succulents, où il pourrait tenir le rôle de l’accusé. Grisé par le côté jovial de l’affaire, Alfredo Traps accepte de bon coeur, persuadé qu’il ne risque rien. C’est alors une
subtile horlogerie qui se met en marche, un mécanisme machiavélique qui aboutit à la culpabilité. De toute façon, l’innocence existe-t-elle ? Ce thème semble faire écho à
Mesure pour mesure, la pièce de Shakespeare que Jean-Yves Ruf avait également mise en scène.
Photo de répétitions © Mario Del Curto