theatre-contemporain.net, tout le theatre sur le net

 
vous êtes ici : Accueil Spectacles La Mi-Temps En savoir plus
 
 

Notes de travail

Faire le flou : Quelque chose est flou. On croit qu’avec la mise au point, on va découvrir ce qui est sous le flou. Qu’est-ce que le flou cache et donc qu’est-ce qu'il va nous révéler, nous dévoiler ? Mais le sujet reste mystérieux, indicible, impossible de dire ce que c’est. On pourrait croire que c’est telle ou telle chose. Que ça fait penser à ceci ou cela.
Mais l’histoire reste floue. Le flou découvre le flou. Ce qui compte en somme ce n’est pas l’objet de l’histoire mais bien le mouvement qu’elle provoque. Ce qu’elle cherche à provoquer non pas ce qu’elle raconte.

Travailler ce qu’on croit voir : le texte, c’est un temps choisi de ma légende. Pour en dire l’histoire, essayer de choisir un temps qui cache d’autres temps. Un temps indice, incomplet qui suggère des pistes narratives possibles. Découvrir Andrée Macquin de Chepnier dans le mouvement d'une nuit, dans le lointain. Que des indices laissent voir un drame. Les tensions se relaient pour nourrir le drame. Une réalité cache une autre réalité, même contradictoire. Mais l’apparence nous trompe. Elle joue de la réalité.

Ne pas se moquer de la crédulité du spectateur mais bien plutôt ne jamais le soulager d’une tension. Il ne s’agit pas de choisir une réalité plutôt qu’une autre. Il ne s’agit pas de faire la démonstration d’une pensée univoque et de moraliser cette histoire. Andrée Macquin, elle est quoi ? Qui ? Elle est d’où ? Toutes ces questions, je dois les maintenir. Encore une fois, elles provoquent davantage de mouvement(s) que d’histoire(s). Elles cumulent les pistes comme on dispose des strates de couleurs pour concevoir le tout d’un sujet. Parler (de) Andrée avec une voix non attendue revient à suggérer que d’autres corps, identités, histoires, cultures composent son tout. Que d’autres se mêlent à elle. Ce sont les origines emmêlées du dire.
Aussi essayer d'écrire que ce dire peut se montrer sous des formes différentes. Parfois, parvenir à écrire que ce dire peut se faire sans rien parler (?) Suggerer une parole du présent qui pourrait se formuler sans texte, s’inventer. Une parole d’impressions qui se prononcerait plus autrement. Une langue dégagée de l’écrit qui se mêle au silence du théâtre.

Jean-Paul Quéinnec