Quatre personnages amoureux... les sentiments submergent.
Raconte moi... raconte moi
toi que mon âme a aimé, raconte moi
où tu meneras aux champs, où tu coucheras les bêtes quand ce sera midi...
La guerre qui environne... La réalité qui accable
Avant même que les murs tombent, ils criaient et même avant que l'on puisse se douter de rien, tout à coup, ils se sont mis à crier.
Il faut avancer sur ce chemin balisé de lumière trop vive.
L'engagement est inscrit dans les corps, la parole intime et responsable comme une marche...
Jean-François Cochet
Le texte
Dans La Marche et dans l’écriture de Koltès en général les personnages parlent toujours du monde dans la conscience de leur propre condition et de leur vie dans la
conscience du monde. Ce dilemme offre les bases d’un théâtre tragique et lyrique, mais le génie de Koltès est de considérer comme postulat que ces personnages sont frappés
de « langage poétique », leur lyrisme n’est pas le résultat de la mise en forme de leur pensée mais bien d’ une capacité naturelle à restituer au monde de façon
simple et magnifique leurs univers intérieurs.
Koltès écrit et met en scène la marche en 1971 alors qu'il n'a que 23 ans . Ce qui m'a frappé à la lecture de ce texte c'est le jusqu’auboutisme de son engagement d'écrivain,
les didascalies ne sont jamais dans le commentaire d'un contexte mais bien dans l'accompagnement de l’énergie phénoménale de l'auteur.
De sorte que ce texte est incandescent, chaque mot semble l'aboutissement d'une absolue nécessité, et Koltès évitant toute complaisance, plaque au sol son écriture pour en faire
une extraordinaire poésie du réel.
Ainsi dans le texte les fiancés, environnés par la guerre, font de leur amour un acte de résistance. En effet malgré eux ils dénoncent en voulant vivre. C'est qui ils sont et ce
qu'ils font qui détermine leur parole, comme Koltès le dit lui même dans l'annexe de Quai Ouest : on ne devrait pas déduire la psychologie des personnages
d'après le sens de ce qu'ils disent, mais bien dans leurs actes.
La forme
La place du spectateur me parait être un élément déterminant pour la perception d’un spectacle.
Aussi pour La Marche j’ai choisi de placer de façon rectangulaire les spectateurs autour de la scène.
Le spectateur définit par sa présence la frontière du plateau, en ce sens il devient spectateur, acteur.
Le voisin participe à la délimitation de la scène, la lumière englobe ou non le public, les personnes placées en face appartiennent aux décors.
Le jeu des acteurs
Aujourd’hui dans le théâtre contemporain l’acteur est de plus en plus exposé dans la sincérité de son rapport au monde. Cette évolution du théâtre me parait particulièrement intéressante aussi la notion de personnage sera absente de la mise en scène que je vais proposer.
En effet, trois notions viennent porter le jeu de l’acteur LE DON ; LE DROIT et LE DEVOIR.
Le don reste évidemment une notion essentielle du rapport à la scène et l’expérience de chacun des comédiens est un atout essentiel à la réalisation de ce travail.
Cependant, le droit et le devoir parleront de notre volonté commune de vouloir proposer. Cela mettra en relief la RESPONSABILITE individuelle et commune a être présent sur le plateau. Afin de permettre à tous de s’impliquer pleinement dans le travail, les répétitions s’organiseront de la façon suivante :
Mise en scène globale de la pièce en deux semaines. Ceci permettra au groupe de comprendre et d’éprouver sur la scène ma lecture de la pièce.
Sans doute que ce premier travail non abouti sera présenté aux spectateurs. Les objectifs avoués de cette présentation de travail seront :
Ensuite, les informations accumulées serviront de base au travail commun.
Durant de longs moments d’improvisations les acteurs devront, en incluant le premier travail de mise en scène, donner les sentiments nécessaires à l’interprétation des enjeux
qu’ils auront trouvés décisifs lors de la première phase. Mais aussi ,et parce qu’ils seront en improvisation, affirmer le droit et le devoir qu’ils auront à s’impliquer sur la
scène. Je pense ici trouver un espace de jeu où le moteur de jeu devient l’individu lui-même.
Cependant il y a deux limites à cette liberté , le texte de KOLTES et le souvenir de la mise en scène.
Jean-François Cochet